la lettre tue mais l esprit vivifie

2Cest vous-mêmes qui êtes notre lettre, écrite dans nos cœurs et que tout le monde peut connaître et lire. 3Oui, il est clair que vous êtes une lettre écrite par le Christ et transmise par nous. Elle est écrite, non pas avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant ; elle est gravée, non pas sur des tablettes de pierre, mais dans Lexpression « la lettre tue mais l'Esprit vivifie » signifie que nous ne pouvons pas obtenir le salut par nos propres mérites. Personne ne peut observer parfaitement les lois de Dieu ; nous avons besoin de Jésus. Seul le Saint-Esprit nous permet de vivre une vie sainte qui plaît à Dieu. 2 Corinthiens 3 - le contexte du verset "La lettre tue mais l'Esprit vivifie" vient de 2 Corinthiens CULTEDOMINICAL 15.11.2020 PASTEUR FREDY CYR ECKOMBANDABONNE-TOI : - "La lettre tue mais l'Esprit vivifie", un passage souvent invoqué Mais, est-ce à juste titre? Cest la révélation de la Parole qui nous éclaire. Se limiter uniquement à la lettre (Bible) nous emmène dans la confusion. C'est l'Esprit de Dieu qui Site De Rencontre Corse Du Sud. editor L'Église évangélique est établie à St-Jérôme au Québec depuis 1974. En cours de route cette Église a adopté la Confession de foi baptiste de Londres de 1689 et a joint l'Association d'Églises réformées baptistes du Québec. Visitez notre site internet pour en savoir plus Abstract Index Outline Text Notes References Author Abstracts Le phénomène de relecture des Écritures n’est pas propre au Nouveau Testament. Il était déjà à l’œuvre dans l’Ancien et se poursuivra dans la théologie chrétienne. La figure de l’Alliance nouvelle en est une belle illustration. En Jr 38,31-34, selon la Septante, sa nouveauté est son caractère intériorisé. Dans Jr 31,31­34, selon le Texte massorétique, l’accent est mis en retour sur le caractère éternel de l’engagement du Seigneur. En Hébreux, la pointe de l’argumentation porte sur le caractère à la fois décisif et unique de l’alliance scellée par le sang du Christ. Avec Thomas d’Aquin enfin, on passe d’une théologie de l’imminence He 10,37 à une théologie de chrétienté faite pour durer dans un monde dont elle assure la cohérence de la pensée. Revisiting the Scriptures is not a privilege of the New Testament. That practice was already common in the Old Testament and was to be continued in Christian theology. The figure of the New Alliance is a perfect example. In Jr 38, 31-34, in the Septuagint, the novelty is its interiorized character. In Jr 31, 31-34, in the massoretic text, what is emphasized is the eternal character of the commitment of the Lord. In the Letter to the Hebrews the core of the argument bears on the simultaneously decisive and unique character of the Alliance sealed by the blood of Jesus-Christ. Finally with Thomas Aquinas, a theology of imminence He 10,37 is replaced by a theology that is to last for long years in a world where that theology guarantees the coherence of of page Full text 1 P. Buis, La notion d’alliance dans l’Ancien Testament, Paris, Éd. du Cerf, 1976 ; A. Jaubert, La no ... 1Le thème de l’Alliance a été étudié à de multiples reprises, notamment par P. Buis pour l’Ancien Testament et par A. Jaubert pour le judaïsme intertestamentaire1. Aussi rien ne sera dit ici sur le riche lexème hébraïque berît ni sur les verbes karat et natan, qui le plus souvent l’accompagnent. Le présent article est consacré à la seule alliance nouvelle » et plus précisément à la citation de l’oracle de Jérémie 31,31-34 dans l’épître aux Hébreux 8,8-12 et 10,16-17 et à son étude par Thomas d’Aquin dans le Commentaire de cette épître. Il nous paraît en effet judicieux de considérer non seulement l’affirmation, dans la grande homélie christologique néotestamentaire », de l’accomplissement de l’oracle jérémien, mais aussi l’aval de cette affirmation dans la pensée d’un auteur qui a incontestablement marqué la théologie chrétienne. Notre article comprend donc deux parties la première consacrée à l’affirmation par l’épître aux Hébreux de l’accomplissement christique et la deuxième à l’exégèse de cette même épître par Thomas d’Aquin. I. Les citations de Jérémie 31 38, 31-34 dans l’Epitre aux Hébreux 1. La source 2 B. Renaud, Nouvelle ou éternelle alliance ? Le message des prophètes, Paris, Éd. du Cerf, 2002, p. ... 2Seul dans l’Ancien Testament, Jérémie avait annoncé une alliance nouvelle ». En revanche, l’alliance noachique de Gn 9 et l’alliance abrahamique de Gn 17 », écrit B. Renaud, sont présentées comme des alliances éternelles berît ôlam2 ». Le livre de Jérémie présente une deuxième particularité la version de la Septante LXX y est plus courte de mots environ que celle du texte massorétique TM. Enfin, si la LXX et le TM parlent également d’une alliance nouvelle et insistent sur son caractère permanent, ils n’articulent pas de la même façon ces deux aspects. 3Pour la LXX, le Seigneur avait fait preuve de désintérêt envers les pères » parce qu’ils n’étaient pas demeurés dans l’alliance. Mais il n’en rejette pas pour autant Israël. Il veut même conclure une nouvelle alliance » inscrite dans les cœurs et marquée par l’intériorisation. A Israël d’entrer dans ce projet divin de nouvelle alliance » ; alors il y aura pour lui une nouvelle raison d’espérer, malgré tout. 3 Voir Lévitique et Ps 106,30. 4 En Jr 33,18 TM, nous lisons Il ne manquera jamais aux prêtres lévitiques des hommes qui se tien ... 5 Jr 31, 35 TM se réfère aux lois cosmiques d’organisation immuable du cosmos et Jr 38, 35 LXX aux lo ... 6 Bogaert, Le livre de Jérémie en perspective les deux rédactions antiques selon les travau ... 4Le TM marque beaucoup plus nettement le contraste entre, d’un côté, le caractère éternel de la fidélité du Seigneur envers Israël et, de l’autre, la responsabilité exclusive du peuple dans la rupture, laquelle cependant n’est pas irrémédiable, puisque Dieu promet la remise des péchés. Ici, on ne peut pas ne pas penser au système d’expiation des fautes mis en place dans le cadre du code sacerdotal3. De davidique, l’alliance avec Dieu est devenue sacerdotale4. Avec Bogaert5, nous lisons Jr 31,35-37 TM et sa modification par rapport à Jr 38,35-37 LXX en lien étroit avec la longue addition6 favorable à la dynastie et au sacerdoce Jr 33,14-26 TM que ce fragment annonce. 7 Voir Sonnet, Inscrire le nouveau dans l’ancien. Exégèse intra-biblique et herméneutique de ... 5Le phénomène de relecture des Ecritures ne date pas du Nouveau Testament. Il était déjà à l’œuvre dans l’élaboration et la transmission de l’Ancien7. L’épître aux Hébreux, marquée par l’événement pascal, articule les deux aspects de permanence et de nouveauté selon une disposition qui lui est spécifique. 6Alors qu’il ne fait qu’une seule mention de l’alliance éternelle » He 13,20, le Nouveau Testament reprend plusieurs fois l’expression alliance nouvelle ». Si les textes témoins sont peu nombreux, ils sont fondamentaux. Ils se situent principalement dans l’épître aux Hébreux et dans les récits de la Cène, sans oublier 2 Co 3,6 [Dieu] nous a rendus capables d’être ministres d’une alliance nouvelle, non de la lettre, mais de l’esprit ; car la lettre tue, mais l’Esprit vivifie ». 8 S. Benetreau, L’épître aux Hébreux, Vaux-sur-Seine,Édifac, t. 2,1990, p. 85. 9 L’auteur se sert de la polysémie de diathêkë pour réaliser un glissement sémantique, temporaire, à ... 10 Le grec dispose de deux adjectifs pour exprimer la nouveauté. Bien que C. Spicq estime qu’ ils son ... 7Il reste que, dans le Nouveau Testament, c’est dans notre épître que le mot alliance » diathêkê est le plus fréquent. Il y figure 17 fois8. Plus précisément, le mot diathêkê, employé 2 fois en annonce He 7,22 et 8,6, se trouve 4 fois dans la longue citation de Jr 3138, 31-34 en He 8,8-12 ; il est ensuite repris 11 fois dans cette même épître. La Traduction Œcuménique de la Bible TOB le rend 15 fois par le mot alliance » et 2 fois par le mot testament » He 9, L’expression proprement dite diathêkê kainê alliance nouvelle intervient 3 fois 2 fois explicitement He 8,8 ; 9,15 et une fois implicitement He 8,13. On en rapprochera l’emploi de l’expression diathêkê nea une alliance neuve/jeune en He 12,24, tout en maintenant une distinction de sens10. 3. La place des citations de Jérémie 3138, 31-34 dans Hébreux 11 S’ajoute un épilogue He 13, 20-25 qui ne fait pas partie de l’homélie proprement dite. 12 Nous suivons, pour l’essentiel, A. Vanhoye, La structure littéraire de l’épître aux Hébreux, Paris, ... 8L’homélie, qui constitue la quasi-totalité de l’épître aux Hébreux11, comprend un prologue 1,1-4 et cinq parties12 a Le Christ est situé par rapport aux anges, à Dieu et aux hommes 1,5­2,18 ;b Jésus est le grand prêtre digne de foi et miséricordieux 3,1-5,10 ;c Le sacerdoce et le sacrifice du Christ ont une valeur sans égale 5,11­10,18 ;d Persévérez dans la foi ! 10,19-12,13 ;e Vivez sur des pistes droites ! 12,14-13,19. 9La première citation de Jérémie 31,31-34 se trouve donc dans la troisième partie le sacerdoce et le sacrifice du Christ ont une valeur sans égale » 5,11-10,18. Après une longue invitation à prêter attention 5,11-6,20, cette troisième partie est elle-même subdivisée en trois sections. 10La première section 7,1-28 présente un exposé initial sur la supériorité du sacerdoce de Jésus comparé au sacerdoce lévitique. 11La deuxième section 8,1-9,28 indique en quel sens et de quelle façon le Christ est arrivé à la perfection ». Annoncée par le mot-crochet alliance », qui est répété 8, la première citation de Jérémie 31,31-34 est insérée dans cette section, plus précisément même dans la sous-section 8,7-13. Ensuite, 9,1-28 compare longuement la mort de Jésus au rituel du Jour du Grand Pardon. Hébreux trace un parallèle entre le grand prêtre, qui entre chaque année dans le Saint des Saints avec le sang des boucs et des taureaux, et Jésus, qui entre une fois pour toutes dans le sanctuaire divin avec son propre sang, scellant ainsi la nouvelle alliance. 12La troisième section 10,1-18 clôt cette troisième partie en rappelant que Dieu préfère l’obéissance à une multiplicité de sacrifices. C’est cette obéissance qui entraîne l’efficacité parfaite du sacrifice du Christ pour nous délivrer de nos péchés une fois pour toutes » 10,10.Nos péchés sont maintenant pardonnés, comme le souligne la reprise partielle de la citation jérémienne en 10,16-17 ; mais, maintenant aussi, revers de la médaille, il n’y a plus d’offrande pour le péché. Avant d’étudier 10,16-17, revenons à la première citation de Jérémie en He 8,8-12. 4. La citation de Jérémie 31 38, 31-34 en Hébreux 8, 8-12 13 S. Kistmaker, The Psalm Citations in the Epistle to the Hebrews, Amsterdam, Van Soest, 1961, p. 40- ... 14 La teleiôsis vise en fait la qualité de prêtre sauveur acquise par le Christ du fait de sa Passio ... 13Hébreux suit de très près le texte de la Septante13. La seule différence de quelque importance se lit dans le premier verset kai suntelesô epi ton oikon Israêl je conclurai avec la maison d’Israël, alors que la LXX écrit kai diathêsomai tôi oikôi Israël je m’allierai à la maison d’Israël. Dans les trois versets repris de Jr 3138,31-33, l’auteur d’Hébreux transpose trois fois différemment le diathêsomai de la LXX d’abord en suntelesô je conclurai v. 8, puis en epoiêsa je fis v. 9 et enfin en diathêsomai je m’allierai v. 10. Il est vraisemblable que, pour la première des trois traductions du verbe exprimant la conclusion de l’alliance, l’auteur a choisi un équivalent linguistique, suntelesô, rappelant l’idée, importante pour lui, de la teleiôsis14 action de parfaire, accomplissement He 7,11. 15 Spicq, L’épître aux Hébreux, vol. 11, 1953, p. 243. 16 La loi dans l’épître aux Hébreux », dans Focant éd., La Loi dans l’un etl’autre Test ... 17 Tout en restant globalement très fidèles à la LXX, les manuscrits d’Hébreux présentent entre eux qu ... 14Le texte d’Hébreux présente quelques autres différences mineures avec la LXX. Mais seule l’omission de dôsô après didous donnant 8,10 est intéressante sur le plan théologique, car elle a pour effet de séparer l’expression donnant mes lois » des compléments de lieu qui la suivent. C. Spicq n’est pas de cet avis quand il traduit Donnant mes lois dans leur entendement / Et dans leur cœur je les inscrirai15 ». Mais, demeurant fidèle au texte grec, A. Vanhoye propose En donnant mes lois / c’est dans leur pensée et dans leurs cœurs que je les inscrirai16 ». Cette intelligence du texte est plus apte à expliquer l’inversion en He 10,16 des compléments de lieu - pensée et cœurs -en rapport l’un et l’autre avec le même verbe, epigrapsô j’inscrirai17. 15Ne différant de la traduction donnée par C. Spicq dans la Bible de Jérusalem que par le rattachement des compléments de lieu au verbe epigrapsô j’inscrirai He 8,10, la TOB donne la traduction suivante d’A. Vanhoye 8 En fait, c’est bien un reproche qu’il leur adresse Voici des jours viennent, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle,9 non pas comme l’alliance que je fis avec leurs pères, le jour où je les pris par la main pour les mener hors du pays d’Egypte. Parce qu’eux-mêmes ne se sont pas maintenus dans mon alliance, moi aussi je les ai délaissés, dit le Car voici l’alliance par laquelle je m’allierai avec la maison d’Israël après ces jours-là, dit le Seigneur en donnant mes lois, c’est dans leur pensée et dans leurs cœurs que je les inscrirai. Je deviendrai leur Dieu, ils deviendront mon Chacun d’eux n’aura plus à enseigner son compatriote ni son frère en disant Connais le Seigneur ! car tous me connaîtront, du plus petit jusqu’au plus grand,12 parce que je serai indulgent pour leurs fautes et de leurs péchés, je ne me souviendrai En parlant d’une alliance nouvelle, il a rendu ancienne la première ; or ce qui devient ancien et qui vieillit est près de disparaître. 18 Le Dieu de la nouvelle alliance dans l’épître aux Hébreux », dans J. Coppens éd., La ... 16L’auteur d’Hébreux intègre réellement les trois caractéristiques de la nouvelle alliance annoncée par Jérémie loi intérieure, relation personnelle avec Dieu, pardon des péchés18, puisqu’il rapporte, sans l’interrompre, le long oracle de Jr 3138,31-34. Pourtant ce qui l’intéresse au premier chef, c’est le constat du vieillissement de l’ancienne alliance He 8,13. Le message jérémien du salut à venir, présenté comme un reproche explicite He 8,7, est recontextualisé dans l’affirmation du fondement de l’alliance nouvelle ayant donné sa propre vie pour ses frères, le Christ est le vrai médiateur. En He 10,18, la dure conséquence de cette affirmation est tirée de la reprise partielle de Jr 31,31-34. 5. La reprise de la citation de Jr 31 38, 31-34 en He 10, 16-17 17Les différences entre la citation de Jr 3138, 31-34 en He 8,8-12 et sa reprise en He 10,16-17 sont assez importantes. Outre que l’auteur omet la plus grande partie des versets du texte-source, il remplace certains mots. Nous n’en sommes plus au même point de l’argumentation. La TOB traduit ainsi C’est ce que l’Esprit Saint nous atteste, lui aussi. Car après avoir dit Voici l’alliance par laquelle je m’allierai avec eux après ces jours-là, le Seigneur a déclaré En donnant mes lois, c’est dans leurs cœurs et dans leur pensée que je les inscrirai, et de leurs péchés et de leurs iniquités je ne me souviendrai plus. He 10,15-17. 18Cette traduction prête à discussion. Elle rend en effet le présent legei du texte originel par un passé composé il a déclaré ». Par ailleurs ce legei kurios est la proposition principale d’une phrase commençant par la subordonnée infinitive méta gar to eirêkenai après avoir dit. Ici, la pointe de l’argumentation s’est déplacée par rapport à He 8,8-12. Il y a déjà un acquis l’instauration de l’alliance nouvelle, argumentée en He 8,1-9,28. Nous devons maintenant prendre conscience de ce que cette instauration implique. Nous sommes devant un beau cas de mutation de la pointe d’une citation en fonction d’une contextualisation nouvelle, auquel nous rend sensibles une structure grammaticale différente ce qui, dans le texte cité, était une réflexion conclusive - de leurs péchés et de leurs iniquités je ne me souviendrai plus » - devient, dans le texte citant, la proposition principale. 19Selon Jr 3138, 31-34, faut-il le rappeler, l’alliance nouvelle est fondée sur le pardon divin. Dieu ne se souvient plus des péchés, il les efface. Il offre ainsi à son peuple un avenir nouveau. Le TM met l’accent sur le fait que c’est grâce aux prêtres et à la fête de Kippour que Dieu pardonne et que l’alliance peut donc perdurer, malgré les manquements humains. 20Or l’auteur d’Hébreux voit les choses différemment. Après avoir cité Jr 31,34, il commente aussitôt ce verset dans les termes suivants Là où il y a eu pardon, on ne fait plus d’offrande pour le péché » He 10,18. Il en tire plus loin la conclusion Si nous péchons délibérément [...] il ne reste plus pour les péchés aucun sacrifice, mais seulement une attente terrible du jugement » He 10,26 s, rappelant l’anathème initial de He 6,6. La recontextualisation de Jr 3138,34 par l’épître est dure à entendre pour les destinataires mais ce qui doit les maintenir dans la foi, c’est que la Parousie est toute proche He 10,37. Il convient de tenir bon jusque-là. 6. La mutation de la figure de l’ alliance nouvelle » dans Hébreux 19 C. Spicq, La théologie des deux alliances dans l’épître aux Hébreux », Revue des Sciences Philoso ... 21La grande originalité de l’épître aux Hébreux dans la théologie de l’alliance est d’avoir rattaché celle-ci au sacerdoce et au sacrifice du Christ. Le culte chrétien s’exprime dans le sacrifice eucharistique. La nouvelle alliance purifie les consciences. Elle est stable et éternelle 12,28. Inscrite dans l’esprit et le cœur, elle est l’union personnelle de chaque âme avec Dieu. Elle est une science mystique de Dieu19. 22Dans 8,7-13 et 10,16-17, l’intertextualité est mise au service d’une démonstration, celle de l’imperfection de la première alliance, à laquelle s’oppose le caractère décisif et non-réitérable de la nouvelle. L’oracle sur l’ alliance nouvelle » passe du statut de prophétie annonçant au peuple d’Israël des jours meilleurs vers celui de preuve rhétorique invitant à tenir bon, sans défaillance. 20 Ibid., p. 26. 21 Michaud, L’épître aux Hébreux aujourd’hui », dans M. Gourgues et L. Laberge éd., De bie ... 23Jérémie, constatant la faillite de l’ancienne alliance, concluait qu’il y en aurait une nouvelle. Par une démarche inverse, Hébreux, après avoir déduit de l’excellence du médiateur l’excellence de la nouvelle alliance20, infère, de la perfection même de cette dernière, son caractère non réitérable. Le Christ réalise la visée des sacrifices, non par un acte rituel renouvelable à volonté, mais par l’acte existentiel du don de sa propre vie21, par définition unique. 24C’est pourquoi la répétition rituelle n’est plus la garantie de la permanence mais le signe de l’échec. L’auteur proclame nous avons été sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus Christ, faite une fois pour toutes » 10,10. Ce une fois pour toutes » a deux aspects d’une part, il est décisif ; d’autre part, il ne laisse pas de deuxième chance. La mutation apportée à la figure de l’ Alliance nouvelle » est le reflet d’une situation historique précise le reflux des communautés chrétiennes, auquel répond l’adjuration insistante Ne désertons pas nos assemblées » 10,25. 25L’exhortation d’Hébreux repose aussi sur une conviction c’est que encore si peu, si peu de temps, et celui qui vient sera là ; il ne tardera pas » 10,37. Le délai qui nous est laissé avant cette venue est un sursis qui nous est accordé dans une perspective de paideia correction, afin que mûrisse en nous cette diathêkë kainê alliance nouvelle, aujourd’hui encore un peu jeune diathêkê nea 12,24. Mais, le temps passant, cette argumentation devra être précisée. A une théologie de l’imminence devra se substituer une théologie de la permanence. Le commentaire de l’épître aux Hébreux par Thomas d’Aquin nous en offre un bel exemple. II. Le commentaire d’Hébreux 8 et 10 par Thomas d’Aquin 22 É. Cothenet, L’œuvre exégétique de saint Thomas d’Aquin », Esprit et Vie, 80 avril 2003, 2e quin ... 26Alors que l’œuvre théologique et philosophique du docteur angélique a été étudiée à maintes reprises, son œuvre exégétique l’a été beaucoup moins. C’est tout récemment qu’ont été publiés, aux Editions du Cerf, le Commentaire sur les Psaumes 1996, le Commentaire sur l’Évangile de saint Jean, t. I 1998, le Commentaire de l’épître aux Romains 1999, le Commentaire de la Première épître aux Corinthiens 200222 ainsi que, dernièrement, le Commentaire de la Deuxième épître aux Corinthiens 2005. La seule traduction française du Commentaire de l’épître aux Hébreux reste celle de l’abbé Bralé 1874. 23 G. Berceville, Le sacerdoce du Christ dans le Commentaire de l’épître aux Hébreux de saintThomas ... 24 Les références au Commentaire de S. Thomas d’Aquin sont données à deux éditions Opéra omnia, éd. ... 27Thomas a probablement donné son cours sur l’épître aux Hébreux dans les années 1265-126823. Il précise d’abord l’objet » de celle-ci Dans cette épître, il [l’Apôtre] fait ressortir la grâce même dans le chef de l’Église, c’est-à-dire en Jésus-Christ24. » Les versets 8-12 du chapitre 8, reproduisant la citation de Jr 3138,31-34, sont commentés par Thomas dans les leçons II et III de la section de son ouvrage consacrée à ce chapitre. 28C. Spicq observe que Thomas intègre nettement l’exégèse à la théologie 25 C. Spicq, Thomas d’Aquin saint. VI. Saint Thomas d’Aquin exégète », Dictionnaire de Théologie c ... l’exégèse de saint Thomas est théologique en ce sens que le texte biblique est exploité en vue de fournir un argument aux thèses théologiques ; l’exégète dégage du donné révélé des arguments scripturaires, soit que ceux-ci servent de base au raisonnement, soit qu’ils appuient une conclusion établied’avance25. 29Il faut donc comprendre le commentaire de Thomas en tenant l’exégèse pour servante de la théologie ». Aussi, dans notre analyse des deux passages citant l’oracle de Jr 31,31-34, nous nous intéresserons d’abord à la méthode exégétique He 8,6-13, ensuite à quelques aspects plus théologiques He 10,11-39. Mais, en tout premier lieu, sur quel texte biblique Thomas travaille-t-il ? 1. Le texte biblique de Thomas 26 Avant son départ pour Paris en 1252, Thomas d’Aquin avait, dans son commentaire du livre de Jérémie ... 27 C. Spicq, Esquisse d’une histoire de l’exégèse latine au Moyen Age, Paris, J. Vrin, 1944, p. 198. 30Comme ses contemporains, Thomas ne possède que le texte latin de la Vulgate. S’il mentionne des variantes26, c’est chez ses devanciers qu’il les rencontre et non sur des manuscrits ; il ignore le grec et l’hébreu27. Notons les cas suivants pour l’exégèse de He 8,8-12. 31a. Thomas compare feriam de Jr 31,31 à consummabo de He 8,8 28 Éd. Vivès, p. 653 ; Éd. Marietti, p. 422, n° 395 s. C’est là l’autorité du prophète Jérémie, où on ne la trouve pas tout à fait dans ces termes, mais avec très peu de changements. On y lit [...] Je ferai une nouvelle alliance feriam foedus novum [...] », [...] l’Apôtre dit Je mènerai à sa perfection consummabo. »Ad Hebraeos [Ad Hebr.], chapitre 8, leçon 228. 32b. Thomas met également en parallèle neglexi je les ai méprisés He 8,9 et dominatus sum je leur ai fait sentir ma domination Jr 31,32. 33c. Il repère un pluriel mes lois » He 8,10 face au singulier ma loi » Jr 31,33. 34d. Lorsqu’il reproduit les mots leurs péchés », au pluriel He 8,12, il indique qu’il existe une autre version le singulier, leur péché » Jr 31,34 ; c’est alors du péché originel qu’il s’agit. 29 Torrell, Saint Thomasd’Aquin, maître spirituel. Initiation 2, Fribourg, Éd. Universitaires, P ... 35Quant à la canonicité de l’épître, elle est assurée pour Thomas par l’usage de l’Église. Aussi, le prologue de son commentaire ne retient comme question exégétique que celle de l’authenticité. Il en donne une analyse très historico-positive29 », mettant notamment en avant le critère du style. Ainsi la Somme explique-t-elle les différences de style entre cette épître et les autres par le fait que ces dernières auraient été écrites en grec et celle-là en hébreu, langue maternelle de Paul La Glose dit, en effet, au sujet de l’épître aux Hébreux il n’est pas étonnant que cette épître soit plus éloquente que les autres. Il est en effet naturel à chacun de mieux parler sa propre langue qu’une langue étrangère. Or les autres épîtres, l’Apôtre les a composées dans une langue étrangère, le grec, mais celle-ci il l’a écrite en hébreu. IIa-IIae, q. 176, a. 1. 2. Thomas d’Aquin et He 8, 6-13 36Dans le commentaire sur He 8,6-13, nous observons deux particularités qui, sans être propres à Thomas, jouent chez lui un grand rôle. L’exégèse thomasienne accorde d’une part une importance décisive à la division du texte » et postule d’autre part l’unité organique du texte biblique. a La division du texte » 30 Jésus-Christ, grand prêtre de l’ancienne et de la nouvelle alliance. Étude théologiqu ... 37La division du texte » est, sans doute, la particularité de l’exégèse thomasienne la plus importante par ses conséquences. Son unique but étant de nourrir la foi du lecteur, Thomas met tout en œuvre pour lire l’Écriture sainte dans l’Esprit qui l’a inspirée. Pour lui, rechercher l’intention de l’auteur », grâce à la division du texte, c’est rechercher la vérité déjà donnée par la Révélation30. 38Tout cela peut nous surprendre, habitués que nous sommes à parler de plan » ou de structure » plutôt que de division du texte », comme à ne pas tenir compte du fait que, pour Thomas, l’interprétation doctrinale du texte saint dans l’Église appartient au sens littéral. A. Guggenheim précise bien la différence de point de vue entre l’exégèse médiévale et l’exégèse moderne en écrivant 31 Ibid., p. 673, n. 46. Le P. Vanhoye a mis en évidence avec rigueur une structure littéraire du texte de l’Epître aux Hébreux, en s’attachant avec attention à la détermination du sensus » du texte [...] En fait, la division du texte » des médiévaux ne se situe pas seulement au niveau de la structure » du texte ; elle passe peut-être trop vite à travers cette étape. Elle est surtout un acte d’interprétation de l’intention de l’auteur », de sa sententia31. 32 Éd. Vivès, p. 563 ; Éd. Marietti, p. 337, n° 6. 33 A. Vanhoye, Le message de l’épître aux Hébreux », Cahiers Évangile 19, Paris, 1977, p. 34. 34 Pour lui, écrit Vanhoye, la découverte de la structure littéraire d’une œuvre doit normalement pe ... 35 Guggenheim, Jésus-Christ, grand prêtre..., p. 564, n. 59. 39Ainsi A. Vanhoye, après une étude approfondie et avec de solides indices, a proposé une structure littéraire en cinq parties principales. Au Moyen Âge, Thomas divisait » l’épître en seulement deux parties He 1,1-10,39 supériorité du Christ et He 11,1-fin comment les membres doivent s’unir à la tête Ad Hebr. 1, l32. Cette différence d’approche se voit également dans la détermination du centre » de l’épître. Selon l’approche littéraire de Vanhoye, le nom du Christ grand prêtre a été choisi comme clef de voûte de toute la structure. Il est au point central 9,11 de la section centrale 8,1­9,28 de la partie centrale 5,11-10,3933. » Thomas d’Aquin, quant à lui, place le centre théologique en He 8,13 et conclut que l’auteur vise avant tout à démontrer la supériorité de la nouvelle alliance sur l’ancienne, proche de sa fin. Alors que l’exégète contemporain34essaie, en un premier temps, de détecter dans le texte les indices objectifs de sa structure, l’auteur médiéval réalise un acte herméneutique d’ensemble qui, tout en apparaissant plus personnel, se veut aussi en communion surnaturelle avec les auteurs de l’Écriture et ses commentateurs dans la foi de l’Église35. 36 G. Dahan, Introduction à Thomas d’Aquin, Commentaire de la première épître aux Corinthiens, trad. J ... 40La division du texte » va des plus grands ensembles jusqu’aux plus petites unités de sens versets ou fragments de versets. Le mode d’argumentation s’efforce de ramener le texte biblique à une suite de raisonnements36 et le commentaire de l’unité de base du sens prend souvent une forme analogue à celle d’un article de la Somme. A titre d’exemple, l’analyse de He 8, 11 se présente ainsi 37 Éd. Vivès, p. 655 ; Éd. Marietti, p. 424, n° 407 s. Quand l’Apôtre dit ensuite Et chacun d’eux n’aura plus besoin d’enseigner son prochain et son frère, » [...] Alors on objecte sed contra que l’Apôtre lui-même s’appelle le docteur des Gentils [...] Il faut répondre respondeo que ce qui est dit ici peut s’entendre de deux manières [...] Ad Hebr. 8, 337. 41C’est tout à fait le schéma scolastique affirmation - objection réponse à l’objection. Sous cette armature dialectique, la méthode employée consiste à expliquer l’Écriture par l’Écriture. b L’unité du texte biblique 42Pour interpréter un texte, écarter une objection, les médiévaux peuvent citer un tout autre texte de l’Écriture. La conclusion de l’article 3 de la question I de la Prima Pars est des plus explicites sur ce point La doctrine sacrée est bien une science une. [...] tout ce qui est connaissable par révélation divine s’unifie dans la raison formelle de cette science et, de ce fait, se trouve compris dans la doctrine sacrée comme dans une science unique. » La doctrine sacrée chez Thomas est la théologie en tant que science procédant rationnellement des premiers principes, soit les articles de foi, pour aller vers des conclusions vraies, déjà connues grâce à la Révélation. 38 Le chemin de la théologie chez Thomas d’Aquin, Paris, Beauchesne, 1974, p. 871. 43L’Écriture sainte est son propre interprète38. Le véritable sens littéral découle de l’analogie de la foi, selon laquelle la vérité d’un passage concorde avec la vérité d’un autre. C’est ainsi que le commentaire des six versets de He 8,8-13 compte 53 citations, complètes ou fragmentaires, d’Hébreux et de Jérémie, 51 citations d’autres textes de l’Écriture et d’Augustin, pour seulement 86 commentaires ou mots de liaison thomasiens. Au total, sur 190 groupes continus de mots », plus de la moitié sont des citations de l’Écriture ou d’Augustin. Trois exemples concrétiseront cette affirmation 39 Éd. Vivès, p. 654 s. ; Éd. Marietti, p. 424 s., n° 404 s. L’Apôtre dit donc He 8, 10 J’imprimerai mes lois dans leur esprit. » [...] C’est ce que fait le Saint Esprit I Jn, 2,27 Comme son onction vous enseigne toutes choses ; » Jn, 14,26 Le Saint Esprit vous enseignera toutes choses ».Parce que He 8,11 tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand », voilà indiquée la raison pour laquelle nul n’aura besoin d’enseigner son prochain et son frère, c’est que tous connaîtront le Seigneur » I Jn, 3,2 Nous le verrons tel qu’il est. » C’est dans cette vision que consiste la béatitude Jn 17,3 La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable, et Jésus-Christ que vous avez envoyé. »En appelant donc He 8,13 cette alliance du nom de nouvelle, il a montré que la première vieillissait », c’est-à-dire il a donné à entendre que cette alliance était ancienne or ce qui se passe et vieillit est proche de sa fin ; » si donc l’ancienne alliance est telle, elle doit être rejetée Lv 26,10 Quand viendront les fruits nouveaux, vous rejetterez les vieux » Ad Hebr. 8, 2 s.39. 44Nous ne nous aventurerons pas à évaluer comparativement l’exégèse médiévale et l’exégèse contemporaine, car elles ne se situent pas au même stade de la lecture de la Parole de Dieu. Relevons simplement qu’en faisant de He 8,13 le centre théologique de l’épître aux Hébreux, Thomas déconcerte quelque peu, de prime abord, l’exégète moderne. L’effort herméneutique à réaliser face à son commentaire de He 10,11-39 est encore plus important, dans la mesure où, par la force des choses, Thomas doit substituer à une théologie de l’imminence une théologie de la permanence. 3. Thomas d’Aquin et He 10 45Sans reprendre tout le commentaire de He 10,11-39, limitons-nous à celui de cinq versets 10,26-29 et 37 particulièrement caractéristiques du passage d’une théologie de l’imminence à une théologie de la permanence. a He 10, 26-28 46Thomas écrit à propos de He 10,26 et des versets suivants 40 Éd. Vivès, p. 679 ; Éd. Marietti, p. 449, n° 516. quand l’homme a été réparé par la grâce, d’une manière complète, il est en son pouvoir d’éviter un péché mortel et même tel péché véniel en particulier ; [...] C’est ce qui fait dire à S. Paul [...] He 10,26 Il n’y a plus désormais d’hostie pour les péchés » [...]. C’est ainsi que, le baptême une fois reçu, on n’attend plus un autre baptême Ad Hebr. 10, 340. 47Alors que la mention du péché mortel » fait plutôt attendre une précision sur le sacrement de pénitence, Thomas rappelle le principe de la non-réitération du baptême. C’est sur ce point qu’il fait porter le caractère unique du sacrifice du Christ et non pas sur une pratique du sacrement de pénitence destinée à absoudre les péchés commis après le baptême, pratique que Thomas se garde bien de récuser. Il relève d’ailleurs dans la Somme Le baptême reçoit de la passion du Christ la vertu de produire une génération spirituelle liée à la mort spirituelle de la vie précédente. Mais il a été établi que les hommes ne meurent qu’une fois et ne naissent qu’une fois. Voilà pourquoi l’homme ne doit être baptisé qu’une fois. Mais la puissance que la pénitence reçoit de la Passion du Christ est une puissance de guérison spirituelle qui peut être souvent renouvelée. IIIa, q. 84, a. 10. 48On voit bien ici comment, pour tenir compte de la pratique ecclésiale de son temps, Thomas interprète le texte de He 10,26 s, distinguant fort judicieusement entre sacrement du baptême non réitérable la lettre d’Hébreux est maintenue et sacrement de pénitence qui peut être souvent renouvelé la pratique ecclésiale de son temps est confirmée. b He 10, 29 49L’explication de He 10,29 aurait pu amener le docteur angélique à traiter du péché d’apostasie. Or, il va placer son commentaire dans une perspective morale qui adoucit nettement le propos du verset de référence 41 Éd. Vivès, p. 680 s. ; Éd. Marietti, p. 450 s., n° 524 s. L’Apôtre dit v. 29 Combien donc croyez-vous que celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu sera jugé digne d’un plus grand supplice » [...] Celui [...] à qui la foi a été annoncée et qui la méprise est puni plus sévèrement, parce que le péché d’infidélité est très grave. Si donc nous établissons une comparaison entre le chrétien et le juif qui ne méprise pas la loi, et que l’un et l’autre soient coupables d’adultère, le chrétien sera puni plus sévèrement que le juif, parce que le premier est châtié non seulement pour le péché d’adultère, mais encore parce qu’il montre une plus grande ingratitude Ad Hebr. 10, 341. 50Ce qui constituait, pour Hébreux, un couperet christologique devient ainsi, pour Thomas, une exhortation morale à l’adresse de chrétiens qui, ayant plus reçu, doivent se sentir les destinataires d’exigences morales plus grandes. 42 L’intervention divine est également donnée comme imminente en He 10,25 Ne désertons pas nos ass ... 51Mais, évidemment, c’est dans le commentaire de He 10,37 que le passage d’une théologie de l’imminence42 à une théologie de la permanence se fait le mieux sentir. c He 10, 37 52Thomas porte sa réflexion métaphysique et théologique sur le statut des croyants, quel que soit le temps où ils vivent. Il tient également compte d’un temps historique qui dure et, selon toute apparence, est appelé à durer encore longtemps. Pour légitimer la lettre de He 10,37, non seulement il relativise la durée par rapport à l’éternité - 2 P 3,8 le fait aussi en citant Ps 90,4 - mais il introduit la distinction entre jugement universel et jugement particulier, distinction inconnue de l’épître aux Hébreux 43 Éd. Vivès, p. 684 s. ; Éd. Marietti, p. 454, n° 545 et 547. Quand l’Apôtre ajoute v. 37 Parce que, encore un peu de temps, etc. ; »[...] il y a deux espèces d’avènement du Seigneur, ainsi qu’il y a deux sortes de jugement, l’un général, [...], bien qu’il y ait encore un grand laps de temps par rapport à la durée et par rapport à nous, il est court toutefois par comparaison à l’éternité Ps. 89,4 Devant vos yeux, mille ans sont comme le jour d’hier qui est passé ; » [...] En second lieu, quant au jugement particulier, qui se fait à la mort, [...] il importe peu qu’il y ait encore beaucoup ou peu de temps, car chacun sera tel à ce jugement qu’il sera sorti de la vie Ad Hebr. 10,443. 44 Les théologiens, Thomas en tête, ne forcent pas la distinction entre les deux jugements Tout en ... 53Il convient de préciser que l’eschatologie thomiste est nettement anti-millénariste. La nuance entre les deux jugements est à comprendre dans cette perspective44. La pérennité, distinguée de l’imminence, signifie que l’âge ultime est déjà là, dans le temps de l’Église, et qu’il y a un seul événement eschatologique, la seconde venue du Christ lors du jugement dernier. 4. L’ alliance nouvelle » chez Thomas d’Aquin 45 L. J. Elders, La relation entre l’ancienne et la nouvelle Alliance selon saint Thomas d’Aquin », ... 46 A. Guggenheim, Vérité et figure », RThom, 104 2004, p. 234. 54L’épître aux Hébreux est au cœur des rapports entre les deux Testaments. Or, c’est en figures que l’ parle du Christ, alors que le en apporte la réalité45. Dans son commentaire de l’épître, Thomas donne de comprendre plus précisément, à l’aide de la figure vétérotestamentaire de l’entrée du grand prêtre dans le Saint des Saints, le lien de la Passion et de la Résurrection du Christ avec l’inauguration de l’Alliance nouvelle46 ». Son commentaire scripturaire est à lire en dialogue avec la Somme théologique. Celle-ci énonce que le sang du Christ a été donné aux hommes de deux façons. D’abord en figure, ce qui appartient à l’ancienne alliance. [...] Ensuite le sang du Christ a été donné aux hommes dans sa réalité, ce qui revient à la nouvelle alliance. » IIIa, q. 78, 55Le rapport entre la loi ancienne et la nouvelle correspond à celui de l’imparfait et du parfait La fin de la loi divine, c’est de conduire l’homme à sa fin, la félicité éternelle. Or [...] pareille tâche exige la grâce de l’Esprit Saint, [...] cette grâce, la loi ancienne ne pouvait la conférer, cela était réservé au Christ [...] Il s’ensuit que la loi ancienne était bonne, mais imparfaite, comme l’indique l’épître aux Hébreux 7,19 La loi n’a rien conduit à la perfection. » I-IIae, q. 98, a. 1. 56 Loi ancienne » et ancienne alliance » sont liées. Le lien est encore plus fort entre nouvelle Alliance », loi de grâce » et don de l’Esprit-Saint ». Ce qui prime dans la loi de la nouvelle alliance, ce en quoi réside toute son efficacité, c’est la grâce du Saint-Esprit, donnée par la foi au Christ. [...] Nul n’a jamais possédé la grâce du Saint-Esprit si ce n’est par la foi au Christ, explicite ou implicite. Or, par la foi au Christ, on appartient à la nouvelle alliance. Il s’ensuit que tous ceux en qui fut déposée cette loi de grâce appartenaient de ce fait à la nouvelle alliance. I-IIae, q. 106, a. 1. 57La loi nouvelle est une réalité intérieure. Le principal en elle est la grâce du Saint-Esprit. Le docteur angélique réalise ainsi un approfondissement de la figure de la nouvelle alliance » le cœur de la loi nouvelle, et donc de la nouvelle alliance, c’est la grâce. Sa grande nouveauté, en regard de l’épître commentée, c’est qu’il instaure son discours théologique comme un traité eschatologique sur le dessein de salut subordonné à l’unique notion de grâce mais aussi comme un discours permanent, historiquement adapté à une chrétienté appelée à durer dans un temps qui est loin d’être arrivé à son terme. 58Nul ne contestera que la notion d’alliance soit centrale dans l’Ancien Testament et même d’une façon plus large dans la Bible chrétienne tout entière, ainsi que dans la réflexion théologique postérieure. Cependant cette notion d’alliance n’est pas monolithique ; elle a été l’objet constant de relectures. Le présent article a voulu le montrer en suivant, à partir des versions septuagintale et massorétique du livre de Jérémie, le parcours de la figure de l’ alliance nouvelle » dans l’épître aux Hébreux, puis dans le commentaire de l’épître aux Hébreux dû à Thomas d’Aquin. 59Dans la version grecque du livre de Jérémie, les Israélites ne sont pas demeurés dans l’Alliance. Mais si Dieu montre du désintérêt pour eux, il ne rejette pas Israël. Il veut à nouveau conclure une alliance, inscrite cette fois dans le cœur de chacun. 60Le texte massorétique de Jérémie souligne plus nettement le contraste entre le caractère éternel de la fidélité du Seigneur envers Israël et la responsabilité exclusive du peuple dans la rupture. Mais, à cette propension congénitale du peuple à la faute, il y a un antidote l’institution sacerdotale et son système très élaboré d’expiation. 61L’épître aux Hébreux, quant à elle, articule les deux aspects, septuagintal et massorétique, de la figure de la nouvelle alliance » d’une façon des plus originales. Au plan matériel, le texte de référence est le texte septuagintal, quelque peu retouché ; mais, au plan réflexif, l’auteur nous situe dans un contexte nettement cultuel et sacerdotal. Il établit d’abord le sacerdoce éternel du Christ puis passe à la nouveauté de l’Alliance scellée dans le sang de celui-ci, avant de terminer en soulignant son caractère non réitérable Et comme le sort des hommes est de mourir qu’une seule fois 9,27, [...] il ne nous reste plus pour les péchés aucun sacrifice, mais seulement une attente terrible du jugement 10,27 ». Cette recontextualisation fait subir une mutation complète à l’oracle vétéro-testamentaire. Pour l’épître, le Christ ne reviendra plus pour le péché mais pour le jugement. Pour ceux qui ont péché, en particulier ceux qui ont déserté l’assemblée, il n’y a plus de rémission. 47 Même si C. Spicq estime qu’il n’a manqué que deux choses aux exégètes du Moyen Age une science ... 62Cependant, le temps passe, sans que le Seigneur revienne. On ne peut plus dire que la nouvelle alliance est une alliance jeune He 12,24. Il faut assumer la réalité d’un temps qui dure, une perspective que l’auteur de l’épître n’avait pas envisagée, du moins explicitement He 10,37. Thomas d’Aquin, dans son commentaire, fait donc subir une mutation à la notion d’alliance nouvelle. Ce qu’Hébreux présentait comme un discours adapté à l’urgence et à l’imminence de la fin, il l’approfondit en theologia perennis. Il y a passage, discret et mesuré47, d’une théologie s’inscrivant dans le contexte d’une attente eschatologique imminente à une théologie de chrétienté soucieuse d’établir le caractère permanent d’un système fait pour durer dans le temps. Son commentaire d’He 10,37 est particulièrement révélateur de ce point, avec la distinction des deux jugements, général et particulier ; l’exhortation à veiller prend le relais de l’adjuration à ne pas déserter. 63Reste bien sûr ouverte la question de savoir comment relire aujourd’hui cette figure de l’alliance nouvelle. Prenons-en acte, l’idéal de la chrétienté médiévale est loin. On peut certes essayer de retrouver l’idée originelle de Jérémie dans la version septuagintale la vie chrétienne se vit d’abord dans l’intériorité. Mais la foi ne peut pas être une réalité exclusivement privée. Une visibilité palpable du religieux est nécessaire dans la société actuelle. Des structures sont souhaitables qui soient signes en même temps que témoins du caractère unique de la personne du Christ. Il importe également que les croyants assument leur finitude et s’impliquent avec persévérance dans l’aléatoire du quotidien. Comme le disait déjà l’épître aux Hébreux, c’est d’endurance dont vous avez besoin pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation de la promesse. » 10,36. Tout cela n’est-il pas d’une brûlante actualité ? À nous de chercher le visage qui actualise au mieux ces convictions. Top of page Notes 1 P. Buis, La notion d’alliance dans l’Ancien Testament, Paris, Éd. du Cerf, 1976 ; A. Jaubert, La notion d’alliance dans le judaïsme aux abords de l’ère chrétienne, Paris, Éd. du Seuil, 1963. 2 B. Renaud, Nouvelle ou éternelle alliance ? Le message des prophètes, Paris, Éd. du Cerf, 2002, p. 11. 3 Voir Lévitique et Ps 106,30. 4 En Jr 33,18 TM, nous lisons Il ne manquera jamais aux prêtres lévitiques des hommes qui se tiendront en ma présence, faisant monter les holocaustes, brûlant des offrandes et célébrant des sacrifices tous les jours. » 5 Jr 31, 35 TM se réfère aux lois cosmiques d’organisation immuable du cosmos et Jr 38, 35 LXX aux lois régissant Israël et auxquelles ce peuple n’a pas été fidèle Bogaert, Lois et alliance nouvelle dans les deux formes conservées du livre de Jérémie Jr 31,31-37 TM ; 38, 31-37 LXX », dans C. Focant éd., La Loi dans l’un et l’autre Testament, Paris, Ed. du Cerf, 1997, p. 89 s. 6 Bogaert, Le livre de Jérémie en perspective les deux rédactions antiques selon les travaux en cours », Revue Biblique, 101 1994, p. 383. 7 Voir Sonnet, Inscrire le nouveau dans l’ancien. Exégèse intra-biblique et herméneutique de l’innovation », Nouvelle Revue Théologique, 128 2006, p. 3-17 ; Levtnson, L’herméneutique de l’innovation. Canon et exégèse dans l’Israël biblique, Bruxelles, Éd. Lessius, 2006. 8 S. Benetreau, L’épître aux Hébreux, Vaux-sur-Seine,Édifac, t. 2,1990, p. 85. 9 L’auteur se sert de la polysémie de diathêkë pour réaliser un glissement sémantique, temporaire, à partir du sens d’ alliance », sens qu’il a eu précédemment dans l’épître, jusqu’à celui de testament » He 9,15. Ce procédé lui permet d’introduire le thème de la mort du Christ, dont nous sommes appelés à recevoir l’héritage éternel déjà promis » He 9,15-18. 10 Le grec dispose de deux adjectifs pour exprimer la nouveauté. Bien que C. Spicq estime qu’ ils sont synonymes dans la langue de notre auteur » L’Épître aux Hébreux, Paris, Gabalda, Études Bibliques », vol. I, 1952, p. 15, il y a une nuance entre les deux termes neos, nouveau dans le temps, neuf, jeune d’où aussi, sans maturité ; kainos, nouveau dans sa nature, donc qualitativement meilleur. Les deux mots sont appliqués dans la Bible aux réalités du salut le premier souligne leur caractère de présence récente par rapport au passé » art. Nouveau », dans Vocabulaire de théologie biblique, X. LÉon-Dufour dir., Paris, Éd. du Cerf, 19774, col. 840. Voir aussi TOB, p. 2947, note w., à cette nuance près que neos ne signifie pas seulement rayonnante de jeunesse », mais aussi un peu verte », qui a besoin de vieillir » voir le rôle de la paideia développé en He 12. 11 S’ajoute un épilogue He 13, 20-25 qui ne fait pas partie de l’homélie proprement dite. 12 Nous suivons, pour l’essentiel, A. Vanhoye, La structure littéraire de l’épître aux Hébreux, Paris, Desclée de Brouwer, 19762, p. 59 et Lane, Hebrews, Dallas, Word Books Publisher, t. 1, 1991, p. CII s. Cependant, nous adoptons la variante avancée par plusieurs exégètes qui rattachent la parénèse 10, 19-39 à la quatrième partie de l’épître P. Grelot, Une lecture de l’épître aux Hébreux, Paris, Éd. du Cerf, 2003, p. 10 s. et Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, Paris, Bayard, 2000, p. 736. L’exhortation à la vie croyante introduit en effet le chapitre 11 consacré à l’exemple des hommes de foi. 13 S. Kistmaker, The Psalm Citations in the Epistle to the Hebrews, Amsterdam, Van Soest, 1961, p. 40-42 et P. Ellingworth, The Epistle to the Hebrews. A Commentary on the Greek Text, Grand Rapids, Vm. B. Eerdmans Publishing Co., 1993, p. 412-417. 14 La teleiôsis vise en fait la qualité de prêtre sauveur acquise par le Christ du fait de sa Passion » Beaude, Sacerdoce. IV. Le Nouveau Testament. B. Le sacerdoce du Christ dans l’épître aux Hébreux », dans Supplément au Dictionnaire de la Bible, X, Paris, Letouzey, 1985, col. 1326. 15 Spicq, L’épître aux Hébreux, vol. 11, 1953, p. 243. 16 La loi dans l’épître aux Hébreux », dans Focant éd., La Loi dans l’un etl’autre Testament, p. 288, n. 1. 17 Tout en restant globalement très fidèles à la LXX, les manuscrits d’Hébreux présentent entre eux quelques variantes que relève la critique textuelle voir A Textual Commentary on the Greek New Testament A Compagnon Volume to the United Bible Societies’ Greek New Testament fourth revised édition, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1994\ p. 597 ; Attridge, The Epistle to the Hebrews, p. 225 s. 18 Le Dieu de la nouvelle alliance dans l’épître aux Hébreux », dans J. Coppens éd., La Notion Biblique de Dieu. Le Dieu de la Bible et le Dieu des philosophes, Leuven, 1976, p. 325. 19 C. Spicq, La théologie des deux alliances dans l’épître aux Hébreux », Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques, 33 1949, p. 24-29. 20 Ibid., p. 26. 21 Michaud, L’épître aux Hébreux aujourd’hui », dans M. Gourgues et L. Laberge éd., De bien des manières ». La recherche biblique aux abords du XXIe siècle [Actes du Cinquantenaire de l’ACEBAC - 1943-1993], Paris et Montréal, Éd. du Cerf et Fides, 1995, p. 401. 22 É. Cothenet, L’œuvre exégétique de saint Thomas d’Aquin », Esprit et Vie, 80 avril 2003, 2e quinzaine, p. 8. 23 G. Berceville, Le sacerdoce du Christ dans le Commentaire de l’épître aux Hébreux de saintThomas d’Aquin »,Revue Thomiste [ =RThom],99 1999, p. 144. 24 Les références au Commentaire de S. Thomas d’Aquin sont données à deux éditions Opéra omnia, éd. Vivès, tome 21, Paris, 1876, p. 562 p. 561-734 ; Super epistolas S. Pauli lectura, Éd. Marietti, vol. 11, Turin, 19538, p. 336 p. 335-506, n° 4. 25 C. Spicq, Thomas d’Aquin saint. VI. Saint Thomas d’Aquin exégète », Dictionnaire de Théologie catholique, XV, Paris, Letouzey et Ané, 1946, col. 719 s. 26 Avant son départ pour Paris en 1252, Thomas d’Aquin avait, dans son commentaire du livre de Jérémie, consacré quelques lignes à Jr 31, 31-34 In Jeremiam prophetam expositio, dans Opéra omnia, éd. Vivès, tome 19, Paris, 1876, p. 174. 27 C. Spicq, Esquisse d’une histoire de l’exégèse latine au Moyen Age, Paris, J. Vrin, 1944, p. 198. 28 Éd. Vivès, p. 653 ; Éd. Marietti, p. 422, n° 395 s. 29 Torrell, Saint Thomasd’Aquin, maître spirituel. Initiation 2, Fribourg, Éd. Universitaires, Paris, Éd. du Cerf, 20022, p. 3. 30 Jésus-Christ, grand prêtre de l’ancienne et de la nouvelle alliance. Étude théologique et herméneutique du commentaire de saint Thomas d’Aquin sur l’Épître aux Hébreux, Paris, Parole et Silence, 2004, p. 639. 31 Ibid., p. 673, n. 46. 32 Éd. Vivès, p. 563 ; Éd. Marietti, p. 337, n° 6. 33 A. Vanhoye, Le message de l’épître aux Hébreux », Cahiers Évangile 19, Paris, 1977, p. 34. 34 Pour lui, écrit Vanhoye, la découverte de la structure littéraire d’une œuvre doit normalement permettre une étude plus objective de son contenu de pensée » La structure littéraire..., p. 237. 35 Guggenheim, Jésus-Christ, grand prêtre..., p. 564, n. 59. 36 G. Dahan, Introduction à Thomas d’Aquin, Commentaire de la première épître aux Corinthiens, trad. Stroobant de Saint-Éloy, Paris, Éd. du Cerf, 2002, p. xxx. 37 Éd. Vivès, p. 655 ; Éd. Marietti, p. 424, n° 407 s. 38 Le chemin de la théologie chez Thomas d’Aquin, Paris, Beauchesne, 1974, p. 871. 39 Éd. Vivès, p. 654 s. ; Éd. Marietti, p. 424 s., n° 404 s. 40 Éd. Vivès, p. 679 ; Éd. Marietti, p. 449, n° 516. 41 Éd. Vivès, p. 680 s. ; Éd. Marietti, p. 450 s., n° 524 s. 42 L’intervention divine est également donnée comme imminente en He 10,25 Ne désertons pas nos assemblées, [...] mais encourageons-nous et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour. » 43 Éd. Vivès, p. 684 s. ; Éd. Marietti, p. 454, n° 545 et 547. 44 Les théologiens, Thomas en tête, ne forcent pas la distinction entre les deux jugements Tout en maintenant une certaine distinction conceptuelle entre jugement particulier et jugement général, ne pourrait-on pas toutefois se demander si en réalité ils ne coïncideraient pas au point de s’identifier ? En effet, au-delà de la mort, on ne se trouve plus soumis aux catégories spatio-temporelles de notre monde. 11 n’y a plus de temps. » P. Adnès, Jugement », Dictionnaire de Spiritualité, Paris, Beauchesne, VIII, 2,1974, col. 1588. De même, toute théologie qui se veut proche de la révélation biblique refusera de parler de deux jugements différents. En fin de compte, tout l’accent est placé sur le jugement particulier de chaque homme après sa mort, et le jugement général n’en est, à proprement parler, que la confirmation publique devant le monde entier » H. Urs von Balthasar, La dramatique divine. 4. Le dénouement, Namur, Culture et Vérité, 1993, p. 318. 45 L. J. Elders, La relation entre l’ancienne et la nouvelle Alliance selon saint Thomas d’Aquin », RThom, 100 2000, p. 582. 46 A. Guggenheim, Vérité et figure », RThom, 104 2004, p. 234. 47 Même si C. Spicq estime qu’il n’a manqué que deux choses aux exégètes du Moyen Age une science philologique exacte et surtout le sens historique » Esquisse d’une histoire..., p. 374, Thomas d’Aquin atteint un sommet de synthèse entre exégèse et théologie, une ébauche de théologie biblique, intermédiaire entre l’empirisme des constatations de l’histoire et la construction systématique » H. de Lubac, Exégèse médiévale. Les quatre sens de l’Écriture, t. 4, Paris, Aubier, 1964, p. 295. Par la suite, même si elle est souvent distinguée de l’exégèse, la théologie sera solidaire des voies et moyens des pédagogies textuelles de la culture contemporaine » Chenu, La théologie comme science au XIIIe siècle, Paris, J. Vrin, 19573, p. 16.Top of page References Bibliographical reference François Tonon, “L’ Alliance nouvelle » dans l’épître aux Hébreux et son commentaire par Thomas d’Aquin”, Revue des sciences religieuses, 82/2 2008, 179-197. Electronic reference François Tonon, “L’ Alliance nouvelle » dans l’épître aux Hébreux et son commentaire par Thomas d’Aquin”, Revue des sciences religieuses [Online], 82/2 2008, document Online since 05 May 2013, connection on 27 August 2022. URL DOI of page Copyright All rights reservedTop of page Or nous avons une telle confiance par le Christ envers Dieu 5 non que nous soyons capables par nous-mêmes de penser quelque chose comme de nous-mêmes mais notre capacité vient de Dieu 6 qui nous a rendus propres aussi pour être des ministres de la nouvelle allianceEn zulk een vertrouwen hebben wij door Christus tot Niet dat wij bekwaam zijn van onszelve iets te denken als van onszelve maar onze bekwaamheid is uit God; 6 die ons ook bekwaam gemaakt heeft om het ambt des nieuwen verbonds te bedienen nietAide à l'absorption d'autres substances à travers les membranes cellulairesinduit la lubrification naturelle vivifie l'esprit améliore l'humeur et détend un anxiété en proie rempli de tension du système de absorptie van andere stoffen via celmembranennatuurlijke smering induceert stimuleert de geest verbetert de stemming en een spanning-gevulde angst geteisterde zenuwstelsel saint saint est le Lord dans la gloire de Dieu le Pèrepour à Lui il est se rencontrent pour donner la gloire l'honneur et l'adoration avec l'esprit vivifiant éternel maintenant et toujours et pour is heilig heilige de Heer in de glorie van God de Vadervoor aan hem het ontmoeting om glorie eer en eredienst met de eeuwige leven geven geest nu en altijd te geven en voor ooit is. qui a donné l'impulsion au lancement du Plan à Ridván 1993 a imprégné cette période d'effort concentré rendant notre communauté mondiale plus ferme plus résistante plus mûre et plus confiante qu'auparavant. die de prikkel gaf tot het lanceren van het Plan met Ridván 1993 doordrong deze periode van intense inspanning en maakte onze wereldgemeenschap hechter veerkrachtiger volwassener en zelfverzekerder dan is degene door wie wij deelnemen aan zijn Geest en de Geest maakt het hele lichaam levend maakt het één en beweegt vieille nature est morte aux choses de l'esprit et elle ne peut pas se vivifier oude natuur is dood voor de dingen van de Geesten kan zichzelf niet doen ardente du gingembre les vertus régulatrices de la menthe et le pouvoir rafraîchissant du citron vert ainsi queDe vurige intensiteit van gember de regulerende deugden van munt en de verfrissende kracht van limoen creëren samenmet de vitaliserende groene thee een synergetische combinatie die lichaam geest en ziel in beweging zetten!Le germe de la vérité théorique est inerte et les concepts moraux les plus élevés sont sans effetà moins que et jusqu'à ce que l'Esprit divin ne souffle sur les formes de vérité et ne vivifie les formules de la zaad van theoretische waarheid is dood en de hoogste moreleideeën blijven zonder uitwerking tenzij en totdat de goddelijke Geest zijn adem laat gaan over de vormen van waarheid en de formules van rechtvaardigheid levend fur et à mesure que l'Esprit de Dieu continue à déployer de plus en plus ses plans dans sa Parole il vivifie ainsi même nos corps mortelsRomains 8 11 afin qu'ils soient capables de le servir mais au temps fixé nous recevrons de nouveaux corps spirituels célestes adaptés sous tous les rapports à l'esprit nouveau et de Geest van God door het Woord meer en meer Gods plannen ontplooit worden ook onze sterfelijke lichamen levendRom. VIII 11 en bekwaam tot Zijnen dienst; doch ter bestemder tijd zullen wij nieuwe lichamen hebben- geestelijke hemelsche lichamen in alle opzichten geschikt voor den goddelijken à l'absorption d'autres substances à travers les membranes cellulaires et détend un anxiété en proie rempli de tension du système de absorptie van andere stoffen door celmembranen induceert natuurlijke smeringversterkt de geest verbetert de stemming en ontspant een spanning gevuld angst-bereden Parole transmise à l'humanité devient tradition mais c'est l'Esprit qui vivifie l'une et l'autre de génération en génération rendant actuelle cette parole de Jésus Je suis venu pour qu'elles aient la vie» il parle de ses brebis et l'aient en abondance»Jn 10 10.Het woord overgebracht aan de mensheid wordt traditie maar het is de geest die beide tot leven wekt van generatie op generatie zodat de volgende woorden van Jezus actueel worden"Ik ben gekomen om hun het leven te geven" vertelt hij over zijn schapen"in al zijn volheid"Joh 1010.De Geest is het Die levend maakt; het vlees is niet nut. De woorden die Ik tot u spreek zijn geest en zijn dans le lieu haut et Saint et avec celui qui a[le cœur] briséIk woon in de hoogte en in het heilige en bij dien die van een verbrijzelden enLa capitale artistique» de Ubud est le lieu idéal pour assister à une performance de danse traditionnelle acheter un batik visiter l'atelier d'un argentier ou vivifier votre corps et votre esprit avec un cours de hoofdstad' Ubud is de perfecte plek om een culturele dansvoorstelling te zien een workshop batik of zilversmeden te volgen of je lichaam en geest te verkwikken tijdens een pourquoi il est écrit Le premier homme AdamAlzo is er ook geschreven De eerste mens Adam isgeworden tot een levende ziel; de laatste Adam tot een levendmakenden pourquoi il est ecrit Le premier homme AdamAlzo is er ook geschreven De eerste mens Adam isgeworden tot een levende ziel; de laatste Adam tot een levendmakenden plus profonde sagesse exprimée par les plus sages des hommes les plus hautes connaissances acquises par les plus savants d'entre eux les arts produits par les mains les plus habilesl'influence exercée par les plus puissants des monarques ne sont que des manifestations du pouvoir vivifiant libéré par son esprit transcendant omnipénétrant et diepste wijsheid welke de wijzen hebben geuit de hoogste geleerdheid die enig verstand ontvouwde de kunstwerken welke de bekwaamste handen hebben gewrocht de invloed door demachtigste heerser uitgeoefend zijn slechts manifestaties van de bezielende kracht vrijgekomen door Zijn alles overtreffende Zijn aldoordringende en luisterrijke faut avoir un regard clair etapaisé dans la vérité vivifié par la miséricorde divine capable de libérer les esprits et de renouveler en chacun sa disponibilité pour l'annonce de l'Evangile aux hommes de tous les peuples et de toutes les is een rustige heldere en waarheidsgetrouwe kijk op dedingen een kijk die verlevendigd wordt door goddelijke genade en die in staat is om de geesten van de mensen te bevrijden en om in iedereen een hernieuwde bereidheid te wekken juist met het oog op de verkondiging van het Evangelie aan de mensen van ieder volk en iedere natie. Abstract As the anonymous author of “The Hard Church Novel” underlined in his article, “Theology and Literature – the study of God and the study of Man – need to go hand in hand, and are only just beginning to know it”. The links between literature and religion are in fact much older than we might imagine when reading this statement; however, it is a fact that the Victorian period was a time when many authors tried to reconcile secular writing and the Scriptures, to the extent that a new literary genre, the religious novel, was born. Although Elizabeth Gaskell’s works do not belong to this category, she set her heart on reconciling her vocation as a novelist with her beliefs as a Christian. Unlike her husband, she was not a Minister and therefore her own way of preaching the Word of God was to write fiction. She was convinced that the Pharisees had not disappeared with the Advent of Christ and, in her novels, she used her own, sometimes unorthodox, interpretation and rewriting of the Gospels to convert the Pharisees of her own time to the true essence of Christianity. Indeed, her Unitarian education granted her a greater freedom than most of her contemporaries in terms of biblical exegesis, as we can see in many of her works, but most particularly in Ruth, in which the eponymous heroine, a fallen woman, is not only described as a Magdalen but soon turns into a Madonna and then a Christ-like of page Full text 1 “[…] old and dear companions—brethren indeed of one blood; not always agreeing, to be sure; squabbl ... 1Les liens entre littérature et religion sont très anciens et pourtant, lorsque le genre romanesque s’est développé au XVIIIe siècle, ces frères de sang – pour reprendre la métaphore d’Edward Mortimer Chapman1 - paraissaient condamnés à s’éloigner l’un de l’autre tant la littérature semblait prête à s’affranchir de l’influence religieuse. Les auteurs de fiction délaissaient désormais les hagiographies, quêtes mystiques et autres récits miraculeux au profit d’une description plus prosaïque de la vie quotidienne d’êtres ordinaires. Puritains et évangéliques se méfiaient d’ailleurs de la fiction au point que l’Evangelical Magazine considérait, au début des années 1790, que la lecture de roman était un péché plus grave encore que l’adultère. Mais les victoriens devaient être les architectes d’une réconciliation entre ces deux frères devenus ennemis non contents de couvrir le paysage urbain d’églises anglicanes et de chapelles non-conformistes ou bien encore d’envoyer des missionnaires convertir les infidèles – à l’étranger ou sur leurs propres terres – il leur fallait encore conquérir ce domaine littéraire qui semblait sur le point d’échapper à l’influence chrétienne. 2 Voir “The Hard Church Novel”, The National Review, vol. III, July and October 1856, 131. 3 Voir par exemple, Coelebs in Search of a Wife 1808 de Hannah More ou The Velvet Cushion 1814 d ... 2Les années 1840 devaient se révéler une période particulièrement prolifique pour ce nouveau genre littéraire qu’était le roman religieux et l’auteur anonyme de The Hard Church Novel » se félicitait, en 1856, que la théologie et la littérature aient enfin appris à faire bon ménage “Theology and Literature–the study of God and the study of Man–need to go hand in hand, and are only just beginning to know it ”2. Les premiers récits évangéliques3 ont été publiés au début du XIXe siècle mais c’est surtout avec la deuxième génération de romanciers évangéliques, stimulés par leur rivalité avec les tractariens, que le roman religieux connaît un véritable essor. Les statistiques citées dans The Business of Belief The Emergence of Religious Publishing » révèlent en effet que 33,5% des livres publiés entre 1836 et 1863 étaient des œuvres à caractère religieux. Si la majorité de ces textes étaient dus à la plume d’auteurs évangéliques ou tractariens, d’autres courants religieux – non-conformistes ou catholiques – ont adopté cette nouvelle forme de prosélytisme et, par la suite, même les agnostiques ont pris exemple sur ce modèle littéraire pour prôner les vertus de l’apostasie. 4 Aussi, l’auteur de “Religious Stories” souligne-t-il le rôle prépondérant joué par les femmes dans ... 5 On leur reprochait souvent de ne pas être de véritables chrétiens, comme le souligne William Gaske ... 6 Voir, par exemple, l’article “Low-Church Novels and Tendencies”, dont l’auteur constate la médiocr ... 3Fille et épouse de pasteur unitarien, Elizabeth Gaskell pouvait sembler prédisposée à devenir un auteur de roman religieux. En effet, les femmes manifestaient une prédilection toute particulière pour ce genre littéraire qui leur permettait enfin de prendre part aux débats théologiques de leur époque4. Par ailleurs, comme le souligne Valentine Cunningham, l’intérêt que leurs membres portent à la littérature est révélateur du milieu social dominant et de l’évolution culturelle des sectes non-conformistes ; or, les unitariens appartenaient souvent à un milieu aisé et cultivé. Cette secte tolérait parfaitement la lecture d’œuvres de fiction et, en accord avec la parabole des talents, encourageait vivement ses membres à cultiver les dons que Dieu leur avait accordés, notamment en se consacrant à une éventuelle carrière artistique et intellectuelle. En outre, l’intolérance dont les unitariens étaient victimes – aussi bien de la part des anglicans que de celle des autres sectes non-conformistes5 – aurait pu justifier un recours au roman religieux afin de dénoncer ces préjugés. Néanmoins, le fait est que les unitariens ne se sont guère intéressés à cet outil de propagande littéraire, sans doute parce qu’ils n’avaient guère la fibre prosélyte. En ce qui concerne Elizabeth Gaskell, il existe une autre raison, plus importante encore, qui explique ce choix elle possédait un véritable sens artistique et, si ses récits visaient à développer le sens moral de ses lecteurs, elle n’était pas prête, pour autant, à sacrifier la dimension esthétique de son œuvre à sa fonction didactique, comme les auteurs de romans religieux n’avaient que trop souvent tendance à le faire. La plupart des textes classés sous l’appellation de romans religieux méritent, en effet, à peine d’être considérés comme des romans à part entière6 et ils ont sombré dans l’oubli dès lors que la controverse religieuse autour de laquelle ils s’articulaient n’était plus d’actualité. 7 On trouve deux références à ce texte, publié dans le Sunday Penny School Magazine en 1852, dans la ... 4La correspondance de Gaskell – du moins les lettres qui n’ont pas été détruites – ne contient que très peu de remarques sur son œuvre ou sur sa conception théorique de la littérature, mais la lettre qu’elle avait envoyée à Herbert Grey révèle l’importance qu’elle accordait à l’intrigue et à son développement ; elle reproche en effet à l’auteur d’avoir sacrifié l’action de son récit à de longs exposés théoriques et en conclut qu’il eût sans doute mieux valu exprimer ces idées dans un essai plutôt que d’adapter la forme romanesque sans prêter la moindre attention aux critères propres à ce genre et au respect desquels une œuvre doit – ou non – sa valeur artistique. Gaskell a, elle-même, écrit une nouvelle qu’on pourrait qualifier de sermon déguisé en fiction – ou de “sugar-coated tract” pour reprendre l’image utilisée par Robert Lee Wolff – mais il s’agissait là d’un contexte particulier puisque ce texte était destiné au Sunday Penny School Magazine et la romancière se montre d’ailleurs très critique à l’égard de ce récit lorsqu’elle y fait référence dans sa correspondance7. Ce texte fait donc figure d’exception dans son œuvre et on peut rappeler que George Eliot la cite parmi les romancières de talent dont elle oppose l’œuvre aux “silly novels by lady novelists”. 8 Voir par exemple sa conférence sur le héros en tant qu’homme de lettre “the Hero as Man of Lette ... 9 Voir son autobiographie “The writer of stories must please or he will be nothing. And he must te ... 10 Elizabeth Gaskell ne fait que peu de références à son propre travail de romancière dans sa corresp ... 5Refuser à Gaskell l’étiquette d’auteur de roman religieux – qui n’est que trop souvent synonyme de médiocrité littéraire – ne revient cependant pas à nier l’importance de la religion dans son œuvre. Si des auteurs comme Thomas Carlyle8 ou Anthony Trollope9 – dont l’œuvre est pourtant considérée comme purement profane – n’ont pas hésité à comparer la mission de l’écrivain à celle d’un prophète ou d’un prédicateur, on ne peut guère s’étonner que la religion ait eu une influence considérable sur l’œuvre d’une romancière aux yeux de qui le talent littéraire était un don divin qui devait être mis au service d’autrui10. 11 Voir, par exemple, le passage qui concerne la mort des parents de Ruth “God in His mercy knew th ... 6Contrairement aux catholiques, les protestants ne peuvent compter sur l’intercession d’un médiateur clérical entre Dieu et eux. Comme l’indique le choix symbolique de ce terme, le pasteur veille sur ses fidèles mais, s’il peut leur venir en aide et les réconforter, ceux-ci ne doivent finalement s’en remettre qu’à la seule autorité divine et, pour ce faire, il est indispensable qu’ils se réfèrent aux textes bibliques. Outre les références explicites ou implicites à la Bible qui abondent dans l’œuvre de Gaskell, les critiques ont souvent noté l’influence des Écritures sur le style de la romancière11 mais il ne s’agit pas pour elle de citer la Bible en privilégiant la lettre plutôt que l’esprit et si elle fait elle-même souvent référence aux textes sacrés, elle est consciente de l’usage abusif qui pouvait en être fait et met en garde ses lecteurs. 12 John Bunyan, The Pilgrim’s Progress, Oxford The World’s Classics OUP, 1998, 134. 7“By misinterpreting evil issues”12 13 “The poor old labourer prayed long and earnestly that night for Ruth. He called it wrestling for ... 8L’exégèse biblique est un art périlleux et peut se révéler source de malentendus si on ne possède pas les clefs de lectures adaptées. Ainsi, dans Ruth, l’héroïne éponyme ne comprend pas que Thomas essaie de la mettre en garde contre son soupirant. La pensée du vieil homme est tellement façonnée par ses lectures des Saintes Écritures qu’il est incapable d’exprimer ses émotions sans recourir aux métaphores bibliques ; or, comme le souligne le narrateur, il était peu probable qu’une jeune fille innocente de seize ans établisse un lien entre le beau jeune homme qui la courtise et la figure du diable sous les traits d’un lion rugissant. Si cet épisode met en évidence le fait que les textes religieux ne s’avèrent pas toujours être le moyen de communication le plus approprié entre les hommes, les intentions du vieil homme sont pures et l’inefficacité de son discours sera compensée par la sincérité de ses prières13. 9 Gaskell se montre en revanche beaucoup plus critique envers les personnages qui se permettent de citer la Bible sans être animés par un véritable esprit de charité chrétienne. Il existe différents degrés de gravité dans ce sacrilège à l’encontre des Écritures. La forme la plus vénielle consiste à recourir à ces textes lorsqu’on est incapable d’exprimer une émotion sincère, ce qui revient à les transformer en simples coquilles vides de sens comme le fait Dixon dans Libbie Marsh’s Three Eras » lorsque Libbie lui annonce la mort d’un jeune garçon auquel elle était très attachée 14 Elizabeth Gaskell, ADark Night’s Work and Other Stories, Oxford The World’s Classics OUP, 1992, 1 ... “Well! flesh is grass,’ Bible says,” and having fulfilled the etiquette of quoting a text if possible, if not of making a moral observation on the fleeting nature of earthly things, she thought she was at liberty to pass on to her real errand14. 10Dans North and South, au contraire, la compassion que Margaret éprouve pour Higgins la pousse à convaincre son père – un ancien pasteur anglican – de ne pas lui lire un passage des Saintes Écritures 15 Elizabeth Gaskell, North and South, Harmondsworth Penguin Classics, 1986, 291. “I’ve a good mind to read him the fourteenth chapter of Job.”“Not yet, papa, I think. Perhaps not at all. Let us ask him about the strike, and give him all the sympathy he needs15”. 11En condamnant l’attitude de ses personnages qui citent la Bible sans éprouver de charité chrétienne et en approuvant celle des personnages qui, malgré leur profonde piété, savent que les Écritures ne sont pas une sorte de panacée universelle qu’on pourrait utiliser sans faire preuve du moindre discernement, Gaskell semble partager la vision de saint Paul qui, dans la première épître aux Corinthiens, place la charité chrétienne au-dessus de la foi et de l’espérance. 16 Voir Michael Wheeler, “Elizabeth Gaskell and Unitarianism”, Durham University Journal 68, 37, ... 17 Elizabeth Gaskell, North and South, op. cit., 202. 12Il existe une forme plus grave encore de sacrilège envers les Écritures, lorsque les personnages qui y ont recours ne sont pas animés par l’indifférence mais par la haine, pervertissant ainsi l’essence même du message christique qui n’est, aux yeux de Gaskell, qu’amour et pardon. En outre, elle n’hésite pas à rejeter implicitement la validité de certains textes bibliques lorsque ceux-ci ne lui semblent pas en accord avec l’esprit du Nouveau Testament. Ainsi, dans ses deux romans sociaux, elle condamne les références que font ses personnages à la parabole du riche et de Lazare. Theophilus Lindsey – qui était un des fondateurs de la pensée unitarienne et dont les sermons se trouvaient dans la bibliothèque des Gaskell – estimait que ce texte appartenait en réalité à la tradition hébraïque et n’aurait pas dû figurer dans le Nouveau Testament16 et Elizabeth Gaskell semble partager ce point de vue. Dans North and South, l’héroïne critique l’attitude de Bessy Higgins lorsque cette dernière fait preuve de discrimination sociale en s’appuyant sur ce texte “It won’t be division enough, in that awful day, that some of us have been beggars here, and some of us have been rich,—we shall not be judged by that poor accident, but by our faithful following of Christ”17. Dans Mary Barton, cette parabole est condamnée plus clairement encore car John Barton y fait sans cesse référence, alimentant ainsi sa haine envers les riches, une haine qui le poussera finalement à commettre un meurtre. Elizabeth Gaskell n’hésite pas à contredire dans son roman le message de cette parabole puisque la réconciliation de John Barton et de Mr. Carson – le père de sa victime – est le moyen pour elle de combler ce gouffre qui, dans la Bible, sépare Dive et Lazare à tout jamais. C’est ainsi que, au nom de l’esprit, Gaskell n’hésite pas à condamner la lettre de certains textes bibliques. 18 Elizabeth Gaskell, My Lady Ludlow and Other Stories, Oxford The World’s Classics, 1989, 30. 13“We, who make the laws ... may break the mere form of them”18 19 Ainsi, elle ne rejette pas seulement la parabole du riche et de Lazare mais également les passages ... 14La foi des unitariens n’a guère été ébranlée par la critique biblique parce qu’ils ne croyaient pas en la valeur littérale des Écritures, ce qui leur permettait d’adopter une certaine distance critique vis-à-vis des textes bibliques et de l’interprétation qu’il convenait d’en faire. Dans My Lady Ludlow, l’héroïne éponyme s’accorde le droit de ne pas respecter les lois lorsqu’elles sont injustes et, dans une certaine mesure, l’attitude d’Elizabeth Gaskell à l’égard des textes bibliques ressemble à celle de son héroïne à l’égard du système législatif. Ainsi, malgré son respect pour les Écritures, elle n’hésite pas à indiquer, explicitement ou implicitement, sa préférence pour les textes du Nouveau Testament plutôt que de l’Ancien et à rejeter les textes qui ne lui semblent pas conformes à l’esprit du Nouveau Testament19. Elle peut parfois traiter cette opposition entre les deux Testaments sur le registre comique comme lorsque Sally refuse de laisser Mr. Benson punir Leonard pour avoir dit des mensonges 20 Elizabeth Gaskell, Ruth, op. cit., 169. “Sally ! remember where it is said, He that spareth the rod, spoileth the child,’” said Mr. Benson, austerely.“Ay, I remember; and I remember a bit more than you want me to remember, I reckon. It were King Salomon as spoke them words, and it were King Solomon’s son that were King Rehoboam, and no great shakes either. I can remember what is said on him, II Chronicles, xii. Chapter, 14th v. And he,’ that’s King Rehoboam, the lad that tasted the rod, did evil, because he prepared not his heart to seek the Lord.’ I’ve not been reading my chapters every night for fifty years to be caught napping by a Dissenter neither! ” said she triumphantly20. 15L’irrévérence dont Sally fait preuve envers son employeur et le registre quelque peu incongru qu’elle utilise pour faire référence aux personnages bibliques ont un effet comique, de même que sa jubilation à l’idée d’avoir prouvé la supériorité de l’anglicanisme en remportant cette joute verbale contre un pasteur non-conformiste – Gaskell s’amuse d’ailleurs sans doute beaucoup de laisser ainsi le camp adverse remporter cette victoire contre un pasteur en qui beaucoup de critiques littéraires ont voulu voir un pasteur unitarien. Néanmoins, l’humour de ce passage ne doit pas nous empêcher de noter que le caractère inflexible des textes de l’Ancien Testament y est vivement critiqué et le sera en réalité à travers tout le roman. 21 Michael Wheeler, “Elizabeth Gaskell and Unitarianism”, op. cit., 157. 16Ce chapitre illustre l’efficacité de l’esprit de pardon du Nouveau Testament puisque Leonard sera touché par cet échange et par les larmes de sa mère et se repentira. Mais en réalité, c’est toute la structure de ce roman qui s’articule autour de cette opposition entre deux systèmes de valeur différents, l’un fondé sur l’Ancien Testament et l’autre sur le Nouveau Testament en la recueillant malgré sa Chute, les Benson guideront Ruth sur le chemin de la Rédemption tandis que Mr. Bradshaw – qui incarne toute la sévérité de l’Ancien Testament – encouragera involontairement son fils à devenir un hypocrite puis un escroc. À travers les intrigues, principale et secondaire, et à travers ce dialogue entre Sally et Mr. Benson, c’est donc une leçon de lecture critique des Écritures que nous offre Gaskell. Dans The Sinner as Heroine A Study of Mrs Gaskell’s Ruth and the Bible », Michael Wheeler compare les techniques utilisées par la romancière aux paraboles bibliques “Mrs Gaskell’s use of the Abermouth landscape is reminiscent of Christ’s method of preaching in parables”21. De la même façon, on peut considérer l’opposition entre le destin de Ruth, sauvée par l’esprit de charité chrétienne du Révérend Benson, et celui de Richard Bradshaw, que la sévérité paternelle n’aura pas préservé du vice, comme une illustration de la supériorité de l’esprit du Nouveau Testament sur l’Ancien. 17Lorsque le Christ a commencé à prêcher, il s’est heurté à la résistance des Pharisiens qui refusaient de renoncer à leur vision du monde et de la religion, basée sur les textes de l’Ancien Testament et, dans une certaine mesure, Elizabeth Gaskell doit, elle aussi, s’efforcer de mettre fin au règne des Pharisiens de sa propre époque, mais cette fois c’est la Bible toute entière – et non les seuls textes de l’Ancien Testament – qui a été pétrifiée par l’influence mortifère de ceux qui n’en respectent que la lettre et non l’esprit. Comme dans la deuxième Épître aux Corinthiens, elle veut inscrire le christianisme non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs » 2 Co. le cœur de ses contemporains. Pour ce faire, elle peut, comme nous venons de le voir, illustrer par l’exemple les effets pervers de certains préceptes de l’Ancien Testament ou bien encore obliger ses lecteurs à établir de nouveaux liens entre les Écritures et leur société. Ainsi, elle ne compare pas la prostituée Lizzie Leigh à Marie-Madeleine mais au fils prodigue, ce qui remet indirectement en cause le double standard des victoriens. Elle se sert donc de l’autorité que les textes bibliques représentaient aux yeux de ses contemporains pour les obliger à modifier leur perception du monde et à reconnaître les injustices qui peuvent régner dans leur société. 22 “Ruth’s heart was smitten, and she sank down, and down, till she was kneeling on the floor of the ... 23 “I have been thinking of evry holy word, every promise to the penitent – of the tenderness which l ... 24 “The errors of my youth may be washed away by my tears–it was once so when the gentle, blessed Chr ... 18 Le roman dans lequel elle se montre la plus révolutionnaire dans le choix de ses images et références bibliques est probablement Ruth. Comme dans Lizzie Leigh », elle compare son héroïne déchue au fils prodigue22 mais cette fois, elle ne renonce pas à faire référence à la figure de Marie-Madeleine. Le parallèle entre l’héroïne éponyme et Marie-Madeleine apparaît dès l’ouverture du roman avec la citation en exergue du poème de Phineas Fletcher, puis la figure de la pécheresse est évoquée par Benson à deux reprises23 ainsi que par l’héroïne elle-même24. Marie-Madeleine ne symbolise pas seulement les femmes déchues mais, de façon plus générale, les pécheurs repentis – et ce, quel que soit leur sexe – et Ruth semble si peu responsable de sa chute qu’on serait tenté de l’associer plutôt à cette dernière symbolique. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que Marie-Madeleine était également surnommée la bien-aimée du Seigneur et l’hommage que tous les paroissiens d’Eccleston rendent à Ruth à sa mort renforce l’idée d’une association avec une vision positive de Marie-Madeleine plutôt qu’avec la figure de pécheresse. Cette vision reflète d’ailleurs une évolution générale dans la littérature de l’époque puisque, dans Madonnas and Magdalens, Eric Trudgill souligne que 1853 – l’année où Ruth a été publié – est un tournant décisif dans la représentation de cette figure biblique 25 Eric Trudgill, Madonnas and Magdalens. The Origins and Development of Victorian Sexual Attitudes, ... By 1853 she was establishing herself as a feminine archetype almost equal to the Madonna, almost equally motherly, pure and inspirational. From representing the antithesis of the Victorians’ purity ideal the magdalen was fast becoming an essential constituant of it after the years as taboo she was quickly becoming totem25. 26 Voir Anna Jameson, Legends of the Madonna, London Longman, Green, 1867, xlviii. 27 Elizabeth Gaskell, Ruth, op. cit., 110. 28 Ibidem, 134. 29 Ibid., 137. 19Le personnage de Ruth est un parfait exemple de cette idéalisation puisqu’elle incarne en réalité un syncrétisme des deux Marie, Marie-Madeleine et la Vierge Marie. Cette dernière n’est jamais mentionnée explicitement dans le roman, mais il y est plusieurs fois fait référence de façon implicite. Le prénom de l’héroïne renvoie à un des personnages bibliques de l’Ancien Testament qui, selon Anna Jameson26, était considéré, dans la typologie victorienne, comme un des types de la Vierge parce qu’elle avait donné naissance à Obed, le grand-père de David. Par ailleurs, le Révérend Benson utilise le terme d’avent27 pour désigner la future naissance de Leonard et, par la suite, le narrateur cite le vers 39 de On the Morning of Christ’s Nativity » lorsqu’il décrit cette naissance28 ; enfin, Leonard est décrit comme “her mysterious holy child”29. Le fait de comparer ainsi Leonard au Christ suggère nécessairement une comparaison implicite entre Ruth et la Vierge. 30 Ce chiffre symbolique apparaît plusieurs fois dans le récit Benson – qui, au début du récit, est ... 31 Elizabeth Gaskell, Ruth, op. cit., 233. 20Gaskell ne se contente pas de faire de son héroïne pécheresse une figure mariale purifiée par la naissance de son enfant, Ruth ne cesse de progresser sur la voie de la Rédemption jusqu’à devenir non plus une simple pécheresse repentie mais une figure christique. Pure et naïve au début du roman, il lui fallait faire l’expérience du péché afin d’accéder à une forme d’innocence supérieure à cette innocence prélapsarienne. C’est à ce moment du récit qu’il lui faut de nouveau affronter la tentation en retrouvant son séducteur. Les moments et les lieux où se déroulent ces retrouvailles sont très symboliques. Lorsqu’elle retourne à l’église pour la première fois après l’avoir revu, c’est un 25 septembre, date à laquelle on lit, pour la troisième fois de l’année30, le vingt-sixième chapitre de l’Évangile selon saint Matthieu. Après avoir enduré une souffrance insoutenable, Ruth trouve finalement la paix en voyant une gargouille dont les traits expriment à la fois une souffrance infinie et une foi absolue “And when they prayed again, Ruth’s tongue was unloosened, and she could also pray, in His name who underwent the agony in the garden”31. 32 Ibidem, 243. 21Les chapitres 23 et 24 sont structurés autour de la parabole des deux maisons, construites sur le sable et le roc. Dans le premier de ces chapitres, lorsque Ruth revoit Bellingham pour la première fois, le sable semble se dérober sous ses pieds ; le soir venu, lorsqu’elle prie Dieu de la délivrer de la tentation, elle cite le passage des Psaumes qui compare Dieu à un roc Ps et, dans le chapitre suivant, lorsqu’elle retrouve Bellingham, la rencontre a lieu sur le sable, à quelque distance des rochers. La parabole des deux maisons se trouve à la fois dans l’Évangile selon saint Matthieu Mt et dans l’Évangile selon saint Luc Lc Dans l’Évangile selon saint Matthieu, la maison bâtie sur le sable est détruite par un orage, or, un violent orage a lieu lors de la nuit qui suit les premières retrouvailles de Ruth et Bellingham, mais la maison de Ruth est bâtie sur le roc et non sur le sable et cet orage ne l’anéantira donc pas. Forte de sa foi en un Dieu qu’elle perçoit comme son roc et sa forteresse, Ruth choisira d’affronter son séducteur sur la plage où elle l’a revu pour la première fois. Cette fois, le sable est dur32 et ne se dérobe plus sous ses pieds et elle parviendra à trouver refuge auprès des rochers qui ne lui semblent, désormais, plus hors d’atteinte. 33 Des quatre Évangiles, c’est celui auquel Elizabeth Gaskell fait le plus souvent référence dans Rut ... 22Dans l’Évangile selon saint Luc33, ce n’est pas un orage mais un torrent en crue qui détruit la maison bâtie sur le sable. Cette image peut sembler moins appropriée dans le passage qui nous intéresse, néanmoins l’image du torrent est bien présente dans le roman ; en effet, dans le chapitre 8, lorsqu’elle comprend que Bellingham l’a abandonnée, Ruth envisage de se jeter dans un torrent. Elle y puisera finalement de l’eau pour apaiser les souffrances de Benson, tombé alors qu’il tentait de la suivre pour la réconforter, mais le fait qu’elle ait songé à se noyer montre que les fondations sur lesquelles repose sa foi ne sont pas encore assez solides pour qu’elle puisse, seule, préserver sa vie et son âme. Benson, qui l’a auparavant aidée à rejoindre la rive quand elle semblait prisonnière des eaux, sera le guide spirituel qui l’aidera à affermir sa foi et bâtir sa nouvelle maison sur le roc et non plus le sable. 23L’utilisation de la parabole des deux maisons n’a en soi rien de déstabilisant ou provocateur mais Gaskell souligne ainsi implicitement la supériorité de la foi sur les conventions sociales puisque Ruth trouve refuge auprès des rochers après avoir refusé d’épouser son séducteur. Bellingham décrit ce mariage comme un moyen légitime et sacré d’obtenir de grands avantages pour son fils et pour elle-même mais son discours ne fait que révéler l’usage pervers qui peut être fait du terme sacré et l’hypocrisie d’une société qui serait sans doute prête à accepter Ruth en son sein si elle épousait son riche et puissant séducteur sans tenir compte de ses valeurs morales, alors qu’elle sera rejetée quelque temps après, une fois sa faute découverte. Il ne fait aucun doute que Gaskell approuve le choix de son héroïne et c’est après avoir ainsi prouvé que sa maison était bâtie sur le roc que Ruth accèdera au statut de figure christique dans le roman. 24 Après avoir connu, comme le Christ, l’agonie de la tentation, Ruth commencera son chemin de croix, victime des persécutions des Pharisiens d’Eccleston, et en particulier de Bradshaw qui incarne l’inflexibilité de la loi mosaïque. Certains critiques littéraires ont reproché à Gaskell de faire mourir son héroïne à la fin du roman et de lui infliger ainsi le châtiment habituel des pécheresses repenties dans les romans victoriens, dont le destin se résume le plus souvent à un exil ou une mort pieuse et pathétique. Cependant, la romancière ne semble pas envisager la mort de Ruth comme une punition pour son péché de jeunesse mais plutôt comme un aboutissement. Lorsqu’elle veille sur les victimes de l’épidémie à laquelle elle finira elle-même par succomber, elle ne se contente pas d’apaiser leurs souffrances physiques mais semble également avoir le pouvoir de guérir leur âme 34 Ibid., 321. She did not talk much about religion; but those who noticed her knew that it was the unseen banner which she was following. The low-breathed sentences which she spoke into the ear of the sufferer and the dying carried them upwards to God34. 25En outre, la romancière prend explicitement la défense de son héroïne par l’intermédiaire d’un de ses personnages 35 Ibid., 351. “Such a one as her has never been a great sinner; nor does she do her work as a penance, but for the love of God, and of the blessed Jesus. She will be in the light of God’s countenance when you and I will be standing afar off. I tell you, man, when my poor wench died, as no one would come near, her head lay at that hour on this woman’s sweet breast. I could fell you […] for calling that woman a great sinner. The blessing of them who were ready to perish is upon her”35. 26Dans Victorian Types, Victorian Shadows, George P. Landow cite un passage des sermons de Henry Melville qui compare le rocher frappé par Moïse au Christ, qui ne pouvait devenir le Sauveur des hommes qu’après avoir été frappé par la Loi et cette interprétation typologique nous permet d’envisager les souffrances de Ruth et sa mort comme un sacrifice christique et non comme un châtiment. En effet, c’est après avoir subi le courroux de Mr. Bradshaw – incarnation de la Loi – que Ruth commence à étendre son influence bénéfique à l’ensemble de la communauté et non plus seulement au cercle restreint qu’elle fréquentait auparavant. Lors de son enterrement, le Révérend Benson lit un passage de l’Apocalypse qui reprend cette image de la fontaine d’eau, ainsi que celle des larmes versées par les pécheurs “For the Lamb which is in the midst of the throne shall feed them, and shall lead them unto living fountains of waters, and God shall wipe away all tears from their eyes.”Et lorsque Mr. Bradshaw rencontre Leonard sur la tombe de Ruth, il ne peut retenir ses propres larmes ; le Pharisien devient alors pécheur repenti et se rend chez les Benson avec qui il s’était brouillé lorsqu’il avait appris que Ruth n’était pas une veuve respectable mais une femme déchue. Le poème en exergue annonçait les larmes de Ruth et le roman se conclut sur les larmes de Bradshaw, converti par la mort de la jeune femme à la Charité chrétienne. Nous assistons donc ainsi à un parfait retournement de situation au cours du roman, Ruth, qui est souvent associée au monde pastoral – et donc, dans une certaine mesure, au Paradis terrestre – a, comme Ève, connu la Chute, devenant ainsi Marie-Madeleine avant de se transformer en Marie, la nouvelle Ève et, finalement en Christ, le Rédempteur qui a sacrifié sa vie pour sauver les hommes du péché originel, tandis que Bradshaw, qui se croyait le gardien des valeurs chrétiennes et voulait chasser la pécheresse de la communauté des Élus, sera, par ses larmes associé à la figure de Marie-Madeleine, symbole des pécheurs repentis. 36 Voir Ruth Watt, Gender, Power and the Unitarians in England, 1760-1860, London and New York Longm ... 27Fascinés par la typologie biblique, les Victoriens ne se contentaient pas d’accepter le principe de réécriture des textes sacrés au sein de la Bible elle-même, ils appliquaient sans hésiter les symboles typologiques à la littérature profane ; on pourrait ainsi dire que l’œuvre d’auteurs comme Elizabeth Gaskell visait à concilier écriture et Écritures puisque celles-ci sont très présentes dans son œuvre, que ce soit sous la forme de citations, d’allusions implicites, d’influence stylistique ou de réécriture. L’utilisation que fait la romancière des textes bibliques pouvait ne pas toujours sembler très orthodoxe à ses contemporains mais cela s’explique sans doute par son éducation unitarienne. En effet, ces derniers ne croyaient pas à la valeur littérale des textes bibliques et on peut imaginer que le fait de s’intéresser essentiellement à la valeur symbolique de ces textes permettait à Gaskell de se sentir plus libre dans la façon dont elle choisissait d’utiliser ces symboles pour transmettre sa vision du christianisme à ses lecteurs. En outre, comme leur nom l’indique, les unitariens ne croyaient pas en la Trinité ; pour eux, le Christ était un homme, de sorte qu’il leur était plus facile d’envisager que des êtres humains – ou des personnages de fiction – puissent s’efforcer d’imiter la perfection christique et, comme ils ne croyaient pas davantage au péché originel36, ils ne considéraient pas les femmes comme plus coupables ou plus faibles que les hommes, ce qui explique sans doute que Gaskell n’ait pas hésité à faire de plusieurs de ses personnages féminins des figures christiques. Top of page Bibliography ANONYME, “The Hard Church Novel” The National Review, vol. III, July and October 1856, 127-46. ANONYME, “Religious Stories”, Frazer’s Magazine vol. XXXIII, August 1846, 150-66. ANONYME, “Low Church Novels and Tendencies”, The Christian Remembrancer, vol. VI, July-December 1843, 518-38. BUNYAN John, The Pilgrim’s Progress, Oxford The World’s Classics OUP, 1998. 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III, July and October 1856, 131. 3 Voir par exemple, Coelebs in Search of a Wife 1808 de Hannah More ou The Velvet Cushion 1814 du Révérend J. W. Cunningham. 4 Aussi, l’auteur de “Religious Stories” souligne-t-il le rôle prépondérant joué par les femmes dans le développement de ce nouveau genre littéraire, ce dont il semble d’ailleurs se féliciter “For ladies who are disposed to mingle in religious controversy the story-book seems a very appropriate medium; and of the literature which we are now surveying, a large portion–we may add, the best portion–has been contributed by female writers” “Religious Stories”, Frazer’s Magazine vol. XXXIII, August 1846, 151. Dans son article intitulé “Silly Novels by Lady Novelists”, George Eliot note également l’abondance de fiction religieuse due à une plume feminine, mais elle n’est, en revanche, guère convaincue du talent de ces prédicateurs en jupons “The most pitiable of all silly novels by lady novelists are what we may call the oracular species–novels intended to expound the writer’s religious, philosophical, or moral theories. . . . as a general rule, the ability of a lady novelist to describe actual life and her fellow-men is in inverse proportion to her confident eloquence about God and the other world, and that means by which she chooses to conduct you to true ideas of the invisible is a totally false picture of the visible”, George Eliot, “Silly Novels by Lady Novelists”, inSelected Essays, Poems and Other Writings, Harmondsworth Penguin Classics, 1990, 148-149. 5 On leur reprochait souvent de ne pas être de véritables chrétiens, comme le souligne William Gaskell dans “Strong Points of Unitarian Christianity”, “in one respect at least we resemble the first disciples–weare a sect everywhere spoken against’.” Il reprend ici les propos de Joseph Priestley qui faisait allusion à l’intolérance dont étaient victimes les premiers chrétiens Actes 6 Voir, par exemple, l’article “Low-Church Novels and Tendencies”, dont l’auteur constate la médiocrité de la plupart des romans religieux évangéliques et tractariens “Its faults of structure, the one-sidedness of the arguments, and their very unreal character, as details of what never was, or could be conceivably, said in the defence or attack of certain theological views–the undramatic and slender texture of the plot, are venial faults, in which perhpas it is hardly worse than many similar fictions on the other side of the dispute” “Low Church Novels and Tendencies”, The Christian Remembrancer, vol. VI, July-December 1843, 521-522. Non content de considérer ces imperfections littéraires comme de simples peccadilles, il va même jusqu’à voir en elles un gage de la valeur spirituelle de ces œuvres car, à ses yeux, leur influence morale est inversement proportionnelle à l’intérêt que les personnages et l’intrigue peuvent susciter chez leurs lecteurs. Si on pouvait être tenté d’attribuer la sévérité du jugement que George Eliot porte sur ces romans à son apostasie, l’attitude de l’auteur de “Low-Church Novels and Tendencies” – dont les convictions religieuses ne font aucun doute – confirme donc le bien-fondé des critiques de la romancière. 7 On trouve deux références à ce texte, publié dans le Sunday Penny School Magazine en 1852, dans la correspondance de Gaskell “Bessy’s troubles’ rather good for nothing”,Elizabeth Gaskell, The Letters of Mrs Gaskell, Manchester Mandolin, 1997, 365. “The children who like Bessy’s Troubles are great geese, & no judges at all, which children generally are, for it is complete rubbish I am sorry to say”, ibidem, 854. 8 Voir par exemple sa conférence sur le héros en tant qu’homme de lettre “the Hero as Man of Letters will be found discharging a function for us which is ever honourable, ever the highest . . . Intrinsically it is the same function which the old generations named a man Prophet, Priest, Divinity for doing” Thomas Carlyle, On Heroes, Hero-Worship and the Heroic in History, Lincoln/London University of Nebraska Press, 1966, 155-156. 9 Voir son autobiographie “The writer of stories must please or he will be nothing. And he must teach whether he wishes to teach or no. How shall he teach lessons of virtue and at the same time make himself a delight to his readers? That sermons are not in themselves often thought to be agreeable we all know. Nor are disquisitions on moral philosophy supposed to be pleasant light reading for our idle hours. But the novelist, if he have a conscience, must preach his sermons with the same purpose as the clergyman, and must have his own system of ethics” Anthony Trollope, An Autobiography, Harmondsworth Penguin Classics, 1996, 143. 10 Elizabeth Gaskell ne fait que peu de références à son propre travail de romancière dans sa correspondance mais il semble cohérent d’appliquer certains de ses commentaires sur la vocation de Charlotte Brontë à son propre cas “a woman’s principal work in life is hardly left to her own choice; nor can she drop the domestic charges devolving on her as an individual, for the exercise of the most splendid talents that were ever bestowed. And yet she must not shrink from the extra responsibility implied by the very fact of her possessing such talents. She must not hide her gift in a napkin; it was meant for the use and service of others. In an humble and faithful spirit must she labour to do what is not impossible, or God would not have set her to do it” Elizabeth Gaskell, The Life of Charlotte Brontë, London Everyman, 1997, 257-258. 11 Voir, par exemple, le passage qui concerne la mort des parents de Ruth “God in His mercy knew the sure baulm, and sent the Beautiful Messenger to take the weary one home” Elizabeth Gaskell, Ruth, Harmondsworth Penguin Classics, 1997, 34. 12 John Bunyan, The Pilgrim’s Progress, Oxford The World’s Classics OUP, 1998, 134. 13 “The poor old labourer prayed long and earnestly that night for Ruth. He called it wrestling for her soul’; and I think that his prayers were heard, for God judgeth not as man judgeth’” Elizabeth Gaskell, Ruth, op. cit,45. Ses prières peuvent sembler inefficaces aux yeux des hommes puisque, quelques heures plus tard, Ruth sera séduite par Bellingham, mais le roman est consacré à sa rédemption et le salut de son âme ne fait aucun doute dans les dernières pages, de sorte qu’on peut affirmer, sans hésitation, que les prières de Thomas ont bien été entendues. 14 Elizabeth Gaskell, ADark Night’s Work and Other Stories, Oxford The World’s Classics OUP, 1992, 188. 15 Elizabeth Gaskell, North and South, Harmondsworth Penguin Classics, 1986, 291. 16 Voir Michael Wheeler, “Elizabeth Gaskell and Unitarianism”, Durham University Journal 68, 37, June 1976. 17 Elizabeth Gaskell, North and South, op. cit., 202. 18 Elizabeth Gaskell, My Lady Ludlow and Other Stories, Oxford The World’s Classics, 1989, 30. 19 Ainsi, elle ne rejette pas seulement la parabole du riche et de Lazare mais également les passages qui décrivent l’attitude du Christ lorsqu’il renie ses liens de parenté avec sa mère et ses frères Mt ; Mc ; Lc “That text always jarred against me, that who is my mother and my brethren’“ Elizabeth Gaskell, The Letters of Mrs Gaskell, op. cit., 319. 20 Elizabeth Gaskell, Ruth, op. cit., 169. 21 Michael Wheeler, “Elizabeth Gaskell and Unitarianism”, op. cit., 157. 22 “Ruth’s heart was smitten, and she sank down, and down, till she was kneeling on the floor of the pew, and speaking to god in th spirit if not in the words of the Prodigal Son” Elizabeth Gaskell, Ruth, op. cit., 129. 23 “I have been thinking of evry holy word, every promise to the penitent – of the tenderness which led the Magdalena right” ibidem, 100. “Now I wish God would give me the power to speak out convincingly what I believe to be His truth, that not every woman who has fallen is depraved; that many–how many the Great Judgement Day will reveal to those who have shaken off the poor, sore, penitent hearts on earth–many, many crave and hunger after a chance of virtue–the help which no man gives to them–that gentle, tender help which Jesus gave once to Mary Magadalen” ibid., 288. 24 “The errors of my youth may be washed away by my tears–it was once so when the gentle, blessed Christ was on earth” ibid., 288. 25 Eric Trudgill, Madonnas and Magdalens. The Origins and Development of Victorian Sexual Attitudes, London Heinemann, 1976, 289. 26 Voir Anna Jameson, Legends of the Madonna, London Longman, Green, 1867, xlviii. 27 Elizabeth Gaskell, Ruth, op. cit., 110. 28 Ibidem, 134. 29 Ibid., 137. 30 Ce chiffre symbolique apparaît plusieurs fois dans le récit Benson – qui, au début du récit, est également associé à la figure christique – loge pour la troisième fois chez Mrs. Hugues lorsqu’il rencontre Ruth et il veille sur cette dernière pendant trois jours avant l’arrivée de sa sœur. Ruth travaille chez Bradshaw pendant trois ans avant que ce dernier ne découvre sa faute et la chasse. Enfin, l’héroïne meurt au troisième jour de sa maladie et Mr. Donne alias Bellingham se rend à son chevet trois jours après sa mort. 31 Elizabeth Gaskell, Ruth, op. cit., 233. 32 Ibidem, 243. 33 Des quatre Évangiles, c’est celui auquel Elizabeth Gaskell fait le plus souvent référence dans Ruth. 34 Ibid., 321. 35 Ibid., 351. 36 Voir Ruth Watt, Gender, Power and the Unitarians in England, 1760-1860, London and New York Longman, of page References Bibliographical reference Benjamine Toussaint-Thiriet, “Car la Lettre tue mais l’Esprit vivifie une relecture des textes bibliques selon Elizabeth Gaskell”, Revue LISA/LISA e-journal, Vol. V - n°4 2007, 154-169. Electronic reference Benjamine Toussaint-Thiriet, “Car la Lettre tue mais l’Esprit vivifie une relecture des textes bibliques selon Elizabeth Gaskell”, Revue LISA/LISA e-journal [Online], Vol. V - n°4 2007, Online since 08 October 2009, connection on 27 August 2022. URL DOI of page Info stockEn stock sous réserve des ventes en un achat en magasin, merci de vérifier la disponibilité de cet article avec votrelibraire CLC le plus et coordonnées des librairies CLC dans la rubrique Accès aux librairies CLC. Je choisis ma librairie de proximité - Montélimar- ParisPrésentation Le livre que vous tenez entre vos mains est écrit par un guerrier de prière qui s’est tenu en personne sur les champs de bataille les plus difficiles de la terre la Cordillère de l’Himalaya, l’Inde, l’Afrique de l’Ouest, le mont Everest, la cité de Machu Picchu, le volcan Popocatépetl, etc.. Non seulement Rony Chaves connaît parfaitement les ruses et les artifices de l’ennemi, mais, bien plus, il croit aussi profondément dans la puissance extraordinaire de l’Esprit saint pour détruire les œuvres du diable. Ce livre est un manuel de prière indispensable pour tout intercesseur chrétien. Le Fils de Dieu est apparu, afin de détruire les œuvres du diable.» 1 Jean 38bQuelques mots sur Rony Chaves Rony Chaves est reconnu sur le plan international comme l’un des grands prophètes du continent les cercles d’intercession mondiale, il est connu comme l’un des généraux de prière les plus importants d’Amérique latine et l’un des stratège de guerre spirituelle les plus experts en matière de géométrie magique des 4

la lettre tue mais l esprit vivifie